
Pr'amor - Armugalh / Darenlà 176402
LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES - lundi 23 décembre 2002
PORTRAIT
DE FEMME
Marilis Orionaa, poétesse
et chanteuse
Marilis
Orionaa sort un disque de trois titres, Pr’amor, en attendant
son prochain album, prévu pour le printemps 2004.
REPÈRES
Née à Aix-en-Provence d’un père béarnais et
d’une mère moitié béarnaise moitié bretonne.
Enfance en Guinée, en Grèce, un peu en Béarn, dans l’Essonne…
Adolescence en Ariège entre deux frères rugbymen. Etudes de lettres
à Toulouse. Maîtrise de lettres sur « Le thème
de l’amour dans l’écriture de Marguerite Duras »,
puis CAPES. Professeur à Toulon, Grasse, Maubeuge, Pau, Mourenx, Orthez.
1990 : premier concert chez Rosina de Pèira. 1992
: rencontre avec Gérard Cauquil. 1994 : 1er
grand festival international en Belgique, démission de l’Education
Nationale. 1995 : rencontre avec Olivier Kléber-Lavigne
et Nicolas Martin-Sagarra. 1996 : premier album, Ça-i
! 2001 : Femelís.
2002 : Pr’amor
AUTOPORTRAIT
« Physiquement on est comme on est, avec plus ou moins de charme :
l’étymologie du mot charme, c’est quand même le pouvoir
magique de la poésie, donc ça me convient bien. A part les jours
de concerts, où c’est la fête, je suis une solitaire. J’ai
horreur des mondanités, de la convivialité forcée. J’aime
le silence, l’intimité. Je rumine comme une vache béarnaise
».
«
Pr’amor de l’Om Kalsom » (à cause d’Oum
Kalsoum) : les premiers mots du nouveau single de Marilis Orionaa s’envolent
sur de superbes entrelacs de guitare et de percus, comme l’écho
d’une genèse. L’Oum Kalsoum de Marilis, c’est Rosina
de Pèira : « J’ai quatorze ans, peut-être, quand
j’entends cette voix magnifique, si différente. Je croyais qu’on
n’avait pas le droit de chanter comme ça, un chant a cappella,
très ornementé. A quinze ans, j’écoutais aussi des
cassettes de Siros, j’étais fascinée par les chants des
Pyrénées ».
Bien des années plus tard en 1990, Marilis rencontre enfin Rosina , qui
la pousse illico sur les planches de sa ferme ariégeoise. Marilis passe
la rampe et s’ouvre la voie à bien d’autres scènes.
Pour son premier grand festival international, en Belgique à l’été
94, elle chante devant 15 000 personnes. Joan Baez est là, sur le plateau,
en coulisse. Elle écoute, apprécie. Sacré encouragement.
Quelques semaines plus tard, à la rentrée, Marilis jusqu’alors
prof de lettres, quitte l’estrade de l’Education Nationale, où
elle se « flinguait la voix ».
Cette voix, reconnaissable entre toutes, porte depuis sa poésie dans
toute la France, mais aussi du Portugal à la Finlande. Partout la chanteuse
impose son port, son regard, ses textes. Après la rencontre, fondamentale,
avec Gérard Cauquil, ingénieur du son et plus, car affinités,
Marilis a trouvé des musiciens pour l’accompagner sur sa route
: le guitariste Olivier Kléber-Lavigne, et le percussionniste Nicolas
Martin-Sagarra. Alchimie rare.
En 1996, sort le premier album, Ça-i !, qui reçoit le
Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros. Cinq ans plus
tard, Femelís décrochera quatre « forte »
Télérama et une couronne d’éloges internationaux.
La critique est unanime : si Marilis Orionaa ancre son chant dans la tradition
pyrénéenne, c’est pour mieux la dépasser.
« Je ne suis ni un porte-drapeau, ni une artiste officielle : je chante
en occitan parce que l’occitan chante en moi » note «
la diva du Béarn ». Et, dans un sourire : « Je suis
une chanteuse béarnaise mondiale ». Référence
à Marguerite Duras. Elle trace ainsi sa propre voie, forcément
singulière, empruntant au gave ses méandres et ses courants, ses
crues et ses étiages.
Un jour, une « major company » a sonné à
la porte, bien sûr. Mais les discussions ont été vaines
: impossible d’enfermer l’oiseau, de lui imposer des titres en français,
de la séparer de ses musiciens. Rétive au formatage, Marilis Orionaa
est plus à l’aise dans sa « minor compagnie »,
l’association Armugalh. Pour sortir Femelís, après
deux ans de gestation, elle lance une souscription. Son public suit, comme un
belle preuve d’amour. En 2001, le disque est mis en boîte, et la
« major », aussi, dans une pastourelle devenue célèbre.
Aujourd’hui, Armugalh a d’autres projets de productions, dont un
disque de Rosina de Pèira. Tout un symbole , rappelant que Marilis Orionaa
n’est pas du même univers que l’envahissante école
québécoise, ou que la « Star Academy ». D’ailleurs,
elle n’a pas la télé. Ainsi, sa fille échappe au
pire. Par contre, Marilis fait tourner le meilleur sur ses platines (de Janis
Joplin à Carla Bruni, actuellement)
Marilis Orionaa goûte sa liberté. Ici, pas de calcul d’épicier
: « Je mets mon cœur sur la table ». Et c’est
du producteur au consommateur. Dans la bâtisse du XVIIIe siècle
qu’elle retape, dans un village près d’Orthez, la poète
et chanteuse retrouve régulièrement Nicolas et Olivier. Répétitions
et créations : le son évolue, à la recherche de nouvelles
voies, de nouvelles plages, « et quant c’est prêt, ça
sort ».
Les trois titres de Pr’amor marquent l’état actuel
de cette quête, en attendant le troisième album, prévu pour
le printemps 2004. Les fidèles mesureront le chemin parcouru ; le novice
y trouvera une porte royale pour entrer dans l’univers de Marilis Orionaa.
Pour tracer son portrait de femme l’artiste préfère aux
questions tendre son disque, avancer son chant , sa poésie, sa musique.
Elle a raison, sûrement : tout est là.
Bruno ROBALY