
Femelís - Armugalh / Darenlà 176401
TÉLÉRAMA n°2740 - 17 juillet 2002

Formidable chanteuse,
saluée dans les festivals hexagonaux et européens et par la presse
étrangère, la Béarnaise Marilis Orionaa avait remporté
le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros il y a cinq ans, avec
son premier album, Ça-i ! Le nouveau, Femelís
(« les femmes »), est un joyau.
La voix ardente et aérienne vous entraîne, vous enchante. Les musiciens,
Olivier Kléber-Lavigne aux guitares, Nicolas Martin-Sagarra à
la batterie et aux percussions, jouent la caresse ou le vif-argent, mêlent
intimement des couleurs d’en deçà et d’au-delà
des Pyrénées, et d’ailleurs : ainsi ces échos africains
voyageant sous l’aile des palombes (Palomas)... Les chansons
content en béarnais (la pochette donne la traduction) le vol des oiseaux
et le passage du pèlerin, le départ du poilu et l’exil du
réfractaire, la vie et la mort des amours.
Chroniques gasconnes, jusque dans le moqueur titre final et français,
où la « belle indigène / du bassin d’Aquitaine
» envoie paître un producteur, préférant son
« expression vernaculaire » à une « musique
transgénique ». La musique de Marilis, enracinée et
vagabonde, nourrit la mémoire d’une vitalité vocale et orchestrale
enthousiasmante. Coup de cœur.
Anne-Marie PAQUOTTE
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fROOTS -
APRIL 2002
It’s
five years since Marilis Orionaa’s cover-feature in fRoots, at
the time of her first CD, Ça-i ! She still hasn’t performed
in Britain, but she has showed up from time to time in other Europeans countries,
including the 2001 Kraustinen festival where her passionate Béarnais-language
singing and dramatic appearance (a slender figure with her waist-lenght cape
of hair glowing chestnut in the backlight), created a stir.
Her voice is very distinctive, capable of stridency and wild ululation but also
great delicacy and warmth. She often inserts bursts of fast-quivering vibrato
into the middle of even quite short notes, but leaves the ends of long notes
starkly non-vibrato; there’s not a hint of flabbiness nor plumminess.
The songs are as strong as her voice and their melodies, by Marilis and occasionally
other band members, and her lyrics, are continuous with the shapes and subjects
of tradition. She’s not imitating the music of the past but working within
it and springing from it to speak for herself. This can be heard in the words
of a woman to her child, a letter from a Béarnais emigrant in America,
a song to the man whose name is at the top of the list on the war memorial in
the village of Balansun, a song of ”love and alcohol”, and a waltz
to a friend that ends ”when we divided half and half, the chocolate and
the boys”.
She’s accompanied live on Femelís, as she was on Ça-i
!, just by Olivier Kléber-Lavigne’s spanish guitar, wich is
flamenco and perhaps African and South-American inflected but of very individual
inspiration, and Nicolas Martin-Sagarra’s equally personal, sparse, clicking,
clattering percussion. Just one track features a guest, Pascale Respaud on diatonic
accordeon. As before, Gérard Cauquil is producer, sound engineer and
even sleeve photographer. Credits for coiffeur, ”stylisme” and ”conseil
de communication”, to her ”taties” Marie, Thérèse
and Marie, reflect Orionaa’s delight and immersion in the culture and
communities of Béarn.
A splendid album from an intense, magnificient singer, absolutely the sort of
thing that shouts to the world of the energy, fertility and differentness of
European roots musics evolving in the 21st century.
Andrew CRONSHAW
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SUD
OUEST DIMANCHE
- dimanche 3 mars 2002
La
vahiné des Pyrénées
Femelís.
Parce qu’elle croit dur comme fer au triomphe final du matriarcat. Parce
qu’elle chante à la première personne et que ses personnages
sont des femmes. Parce que Femelís rime avec Marilis. L’Orthézienne
quitte régulièrement sa tanière villageoise pour s’en
aller chanter en Belgique, au Japon, en Allemagne, en Finlande et partout en
France où les œillères des pisse-froid ne sont pas trop légion.
Son béarnais chanté n’a guère besoin de papiers pour
traverser les frontières. Marilis Orionaa sort ces temps-ci son deuxième
album et le bijou est au rendez-vous.
« J’y raconte ma vie », annonce la chanteuse. «
Ce sont des choses que j’ai vécues ou des personnages que j’ai
rencontrés. » Car si Marilis Orionaa chante et donne, c’est
qu’elle reçoit et écoute beaucoup. Des anciens notamment,
dont elle va sauvegarder, magnéto en main, des mots et une langue avec
qui elle fait corps, plus que jamais. Cela donne Jean Casenave, ou
les souvenirs d’une voisine centenaire (en photo au dos du livret), à
l’irréductible amour d’enfance.
De sa chanson fétiche qui lui a valu son surnom (Pastora deus crums,
la Bergère des nuages) à Lo Bordon en passant par
Palomas (« ce que se disent les palombes les matins d’automne
quand il fait beau à l’ouest des Pyrénées »,
légende-t-elle), Marilis Orionaa creuse son sillon musical, de sa voix
sauvage. Loin des sabots folkloriques que les urbains pédants veulent
lui faire chausser, loin aussi des étendards que des militants obtus
veulent lui faire brandir. « Je suis pour une Occitanie incarnée
», résume l’artiste. « La haine du français
de certains occitanistes me révulse : je suis une chanteuse française
d’expression occitane. »
Tous les textes de Femelís sont donc en occitan, mais sont
chacun joliment traduits sur le livret du disque. Tous ? Non, un dernier titre
résiste encore et toujours à l’envahisseur sectaire : dans
l’ultime Pastourelle, Marilis Orionaa y force volontiers les
clichés, se mettant en scène, bergère des Pyrénées,
recevant la visite d’un avide producteur de world music.
Pour ce deuxième album, les majors ont fait le voyage en Béarn
afin de persuader Marilis de signer. Ils sont repartis bredouilles, l’artiste
restant dans sa « minor compagny » associative, loin des
bacs à disques de world où les CD sont vendus comme des yaourts.
Femelís n’aura pas de pub à la télé,
entre le forfait d’un portable et une assurance-vie. Femelís
est une œuvre diablement vivante.
Accompagnée sur ce disque de ses deux musiciens fidèles (Olivier
Kléber-Lavigne à la guitare, Nicolas Martin-Sagarra aux percussions),
Marilis Orionaa fomente d’ores et déjà d’autres projets
: Techno-gala (voix et machines), un live et un nouveau spectacle
en trio.
Yannick DELNESTE
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4 VENTS
CULTURE EN BÉARN-BIGORRE-GASCOGNE-LANDES-PAYS BASQUE - janvier
/ février / mars 2002
Ouf, elle
a enfin décidé d’arrêter de jouer l’Arlésienne,
Marilis, avec sa production discographique. L’attente a été
longue, mais au final, nous ne sommes pas déçus du voyage. Peut-être
tout simplement a-t-elle été cette pastourelle du chobiz dont
elle parle avec tant d’humour, ce qui ne facilite pas forcément
les démarches. Bon, pour revenir à l’album proprement dit,
disons qu’il reste dans la même veine que le premier, en plus abouti
sur le plan musical, plus varié aussi. La voix n’a pas changé,
toujours si particulière, cristalline, vibrante, portant avec conviction
des textes qui parlent d’amours contrariées, d’enfants à
bercer, de voyages sans retour. Cet opus, on perçoit que c’est
aussi peut-être celui des des interrogations sur le temps qui fuit, la
maturité qui arrive, les amitiés perdues. Maturité, vous
avez dit maturité ? C’est le mot qui définirait presque
Femelís duquel on ne peut dissocier les deux musiciens qui permettent
de créer cette ambiance si particulière, Olivier Kléber-Lavigne
et Nicolas Martin-Sagarra, subtilement emmêlés aux arabesques de
la belle. Si l’on ajoute les photographies de Gérard Cauquil et
la mise en image graphique de Fabrice Mallorca, on a là un album frais,
grave et beau à la fois.
Pierre DE NODREST