
Ça-i
!
Trema
/ Sony Music 710728
LE MONDE DE LA MUSIQUE - n°215, novembre 1997
La
muse du Béarn
Belle découverte de la world music européenne, Marilis Orionaa
est une étrangère dans son pays. Après un premier album
acclamé par la critique et salué d’un « Choc »
du « Monde de la Musique », c’est maintenant l’Académie
Charles-Cros qui s’incline devant son art.
Beauté naturelle et regard profond, Marilis Orionaa est un cas résolument
atypique de la scène musicale française. Exotique dans son propre
pays, cette ancienne prof de lettres se consacre à la chanson depuis
sept ans. Mais... en béarnais. Un versant de la langue occitane qu’elle
revendique comme une valeur culturelle primordiale. A l’étrangeté
de la langue, Marilis ajoute une façon de chanter fort inhabituelle,
où le tempo se révèle un paramètre aléatoire.
Sans aucun artifice scénique et avec un accompagnement acoustique minimal,
elle séduit essentiellement grâce à la beauté sauvage
de sa voix, s’appuyant sur les accents toniques et les diphtongues et
usant d’un tempo fluctuant. Par sa façon tout à fait personnelle
de constituer son matériau, elle est aussi une chanteuse contemporaine
inclassable. Une voix tendre quand elle chante la nature, passionnée
quand il s’agit de l’amour, ferme et violente lorsqu’elle
fait référence à l’oppression endurée par
la culture occitane. Révoltée, elle revient aux écoles
avec ses chansons « pour rendre aux enfants ce qui leur appartient,
leur langue, leur culture ».
Francisco CRUZ
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POLITIS - 19 juin 1997
L’Académie
Charles-Cros vient de fêter son cinquantième palmarès. Une
belle brochette d’anciens et nouveaux lauréats y participaient.
Parmi ces derniers, ou plutôt ces dernières, on a beaucoup remarqué
la voix et la belle présence de la chanteuse béarnaise Marilis
Orionaa. De Balansun, son village entre Pau et Orthez, en festivals (Côte
d’Opale, Saint-Chartier), cette ancienne prof de français s’est
déjà taillé un début de (bonne) réputation.
Ce premier disque est une réussite, d’abord par la grâce
d’une voix puissante et fortement expressive, aux légers trémolos
d’une sauvage beauté. Parfois, Marilis convie des voix amies, qui
conversent dans la langue du pays. Un pays fier et menacé, que ses habitants
ont appris à défendre, et c’est l’un des sujets des
chansons qu’elle écrit, outre les ballades traditionnelles qu’elle
reprend ici (« Ne les laissez pas creuser les Pyrénées
et saccager la vallée »).
Jacques VASSAL
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CHORUS - n°19, avril-mai-juin 1997
A
l’entendre dans ce premier album, on saisit tout de suite que Marilis
Orionaa est bien de quelque part, d’un lieu que restituent accent tonique,
son d’une faux qu’on aiguise (et qui ferait un bel accompagnement),
voix rocailleuses, voix d’enfants ou mélodie instrumentale de Beth
cèu de Pau à la scie musicale.
Marilis Orionaa a une voix de plein vent. De celles que l’écho
renvoie d’un versant à l’autre de son Béarn natal.
La langue dans laquelle elle chante a voyagé, humblement, dans la mémoire
des hommes — à pied, des Pyrénées à la vallée
de l’Adour, et aux côteaux de Gascogne ! A l’exception de
deux traditionnels ( Los Segadors, les moissonneurs, et La bugada,
la lessive - attribuée au poète d’Espourrins), l’ensorceleuse
Marilis Orionaa écrit tous ses textes dans une langue qui peut tout dire
de ce qui la touche aujourd’hui : l’attente ( Gabriel ),
le village de l’enfance Balansun (dont elle nomme chaque maison),
la magie d’un soir de lune où vieux monde, passé et présent
se fondent dans l’oubli ( Baram de Lua , halo de lune), la montagne
dépecée, le saccage des vallées et des têtes des
gens ( Etnocide ).
Traditionnel parlé, ou chanson de facture très classique (comme
la jolie Vila de Pau ), Marilis Orionaa joue sur une palette assez
large pour être d’ores et déjà inclassable. Elle a
pour seul horizon les friches de la sensibilité et de l’émotion
servies par les arrangements d’Olivier Kléber-Lavigne... et une
voix qui fait d’elle l’égale de Maria del Mar Bonnet, pour
ne citer qu’une des voix exemplaires de la Méditerranée.
Marc LEGRAS
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TRAD MAGAZINE - n°52, mars-avril 1997
Des
chants d’appels de berger de la plage 1 aux improvisations vocales de
la dernière (16), le vibrato rapide de Marilis Orionaa, comme un frisson,
vous prend et ne vous lâche pas. Usant (1) d’effets de delay (décalages)
et surtout jouant vocalement sur les placements, de gorge, de poitrine, de tête,
Marilis parsème le disque de collectages familiers et inattendus : grelots,
bruits de rue et scie musicale (Jacques Brel sur un thème pyrénéen…
si !), conversations, contes, rapide diphonie, sons divers... L’accompagnement
est un véritable partenaire, dominé par la guitare et les arrangements
d’Olivier Kléber-Lavigne, une guitare très classique, mêlée
de rythmes brésiliens et flamenco. Les percussions de Nicolas Martin-Sagarra,
variées et présentes, font un fin réseau tramé de
chocs et de frottements charnels. La contrebasse crée une ambiance qui
rappelle indéniablement la tradition des compositeurs-interprètes
de pays proches, Luis Cilia le Portugais et Lluis Llach le Catalan (très
beau thème à l’archet du 3, presque un mini opéra
chanté/parlé; 13; 15, véritable « cantate »...).
La plupart des compositions se dérobent aux modèles, malgré
de très belles ballades de style anglosaxon (4, Gabriel), voire celtique
(8)... Mais on trouve des listes à la George Pérec (les maisons
anciennes d’un village, 6), des chroniques-satires violentes contre la
culture contemporaine (10), et un goût récurrent pour les thèmes
récitatifs que la voix et les ornements viennent fleurir, dans une belle
et âpre langue, occitan chaleureux des montagnes. Un disque unique et
profond.
Claude RIBOUILLAULT
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MARIE FRANCE - n°25, mars 1997
Le
blues du Béarn
Avec un nom pareil, Marilis Orionaa est forcément exotique. Et pour cause
: elle est née près de Pau et chante en béarnais. Sur quelques
accords de guitare ou a cappella, sa voix voyage entre les graves et les aigus,
puis résonne et vibre comme un cri. A vous faire frissonner. Les textes,
traduits, parlent de fées et de sorcières, de jeunes femmes tenaillées
par le désir et de disputes anciennes. Une superbe curiosité.
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FOLKROOTS - march 1997
She’s from Béarn, in south-west France to the east of Les Landes
and north of the Basque Lapurdi, and this is a splendidly bold and individualistic
album.
It opens with a solo repeat-echoed vocal drawing on herders’ calls. Then
it’s into a fast song, accompanied by Olivier Kléber-Lavigne’s
flamenco-inflected guitar and Nicolas Martin-Sagarra’s tapping percussion,
about the Spanish wind from the south and its alleged powerful effects on fecundity,
and going on, in Balansun, to list the names of the old houses in her
village. It’s all sung (and sometimes spoken-sung) in the language of
Béarn, in a voice sometimes natural-speaking, sometimes dramatic, with
occasional echoes of a Piaf vibrato, sometimes melismatic in a way that suggests
the music of her childhood home in Greece.
Marilis Orionaa is that new kind of traditionnal singer - she is her own tradition,
not slavishly fixing on an accident of birth but drawing on and celebrating
what formed her and what’s around her.
And some of those influences and surroundings find their way in a raw state
onto the album - not sampled and blended, just - there. Someone called Georges
recounts an argument between her grandparents about a mushroom omelette, a young
girl’s voice (or is it Marilis’ ?) tells a fragment of Pyrenean
mythology, there’s a burst of Kléber-Lavigne (the organiser of
the album’s remarkable arrangements of guitar, percussion and Martine
Urbain’s double bass, as stark yet rich and commanding as the vocals)
throat-singing at a gig in Belgium, and - can it be ? - Jacques Brel plays a
traffic-accompanied solo in Béarn’s main city, Pau, on musical
saw.
It’s wonderfully liberated and liberating, a great way to make an album
- at least it is if you’re as clearly talented and full of strength and
life as Orionaa.
Andrew CRONSHAW
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LES INROCKUPTIBLES - n°90, du 5 au 11 février 1997
Occitanie
Entre les Landes hispanisantes et le pays basque insurrectionnel, il y a ce
Béarn abrupt aux touristes et chaleureux aux sincères. Et entre
Pau, où les petits vieux viennent réchauffer leurs os fatigués,
et Orthez la basketteuse, il y a Marilis Orionaa, ex-professeur de lettres,
artiste intransigeante et amoureuse de son pays. Quelques lignes suffisent à
enfermer quiconque dans le quiproquo, à renvoyer en un bâillement
vers ces années 70 où particularisme local et militantisme tenaient
parfois lieu de sens artistique. Alors, élargissons le champ : si Marilis
Orionaa est béarnaise par hasard génétique, puis passion,
elle sait évoquer avec la même ferveur que Cesaria Evora sa pincée
de tuiles, avec la même profondeur qu’Amalia Rodriguez sa montagne
qu’on mutile... et avec la même efficacité que les ténors
sardes les imprécations de sommet à sommet. Soutenue sans afféteries
par guitare et contrebasse emperlées - et une moisson de percussions
frémissantes-, la voix devient sorcière, vache aux cornes de lyre
ou moissonneur à la faucille d’argent. On ne se contente pas ici
de parler d’un pays : on en offre les multiples aspects, du talking-blues
à la comptine enfantine, tous climats enroulés autour d’une
étrange voix de gorge nouée.
Christian LARRÈDE
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LE MONDE DE LA MUSIQUE - n°207, février 1997

Dernier maillon d’une lignée de poètes et conteurs, cette
« bergère des nuages » (titre d’un de ses
précédents récitals) chante avec une voix stellaire, et
sa langue béarnaise (une branche du dialecte gascon, lui-même variante
de la langue d’oc) esquisse des paysages fiers. Sauvage, loin de tout
folklore, la belle de Balansun se reçoit comme la mémoire d’une
terre de rude écorce captée au plus près de ses hommes
et femmes. Entre cri et mélopée, sa voix aux étranges arabesques
parle de halo de lune, de couleuvres qui sucent le lait des vaches, de vent
dans les tuiles, c’est à dire d’une façon de se hâter
lentement vers l’essentiel.Une élégance hiératique,
une incantation qui renvoient à un patrimoine certes menacé (Ethnocide)
mais aussi, elle le prouve, en plein aggiornamento identitaire.
Frank TENAILLE
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LIBÉRATION - 24 novembre 1996
Marilis Orionaa a été élevée en partie à
l’étranger dans une famille soucieuse de préserver sa culture
et sa langue : l’occitan béarnais. Remarquée ici même
avec un CD qui tenait plus du document de travail (commercialisé sans
son aval, de surcroît), elle revient avec un premier véritable
album qui inaugure une nouvelle collection chez Trema. Rompue aux techniques
montagnardes, la sûreté de la voix frappe d’emblée
avec Ça-i !, qui évoque l’art qu’ont les
vachères de projeter la voix pour communiquer d’un versant à
l’autre d’une vallée, et un vibrato particulier qu’on
peut retrouver dans la musique iranienne, par exemple. La voix est belle, proche
de la country, loin des embouteillages. Intuitivement, on ressent l’intelligence
et la volonté pugnace de transmettre une culture.
Marilis Orionaa n’en reste pas moins une femme moderne, et le Béarn
un carrefour : un peu de basque, d’espagnol, des bons baisers de partout.
Elle écrit ses chansons, ici en énumérant le nom intime
donné à chaque maison d’un petit village (Balansun),
là en parlant de Metempsicòsa. Elle sait aussi bien chanter
le vent du sud, « vaurien bandit » (Vent balaguèr),
que la magie de la lune. Pudique, c’est au poète Cyprien d’Espourrins
qu’elle emprunte son chant d’amour La Bugada — La
Lessive étendue a cappella et l’album se clôt sur un
chant traditionnel Los Segadors — Les Laboureurs. Jamais les
arrangements ne cherchent à imiter un son ancien : guitare, contrebasse,
toutes sortes de percussions... Ce chant qui ne mâche pas ses mots, bondissant
et frondeur comme un torrent, désaltère, rafraîchit.
Hélène HAZÉRA