... En souvenir de Roger Lapassade
... Do you know Rosina de Pèira ?
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En souvenir de Roger Lapassade
Témoignage publié dans « Roger Lapassade, le béarnais en action », un livre de Robert Darrigrand,Orthez, Cité du Livre, 2009, p. 95.
. Je l’ai rencontré à Orthez il y a vingt ans, à la fin de l’été 1989, très exactement rue Bourg-Vieux, à l’entrée du passage qui mène derrière la mairie. J’avais lu quelques poèmes, quelques nouvelles, quelques textes signés Roger Lapassade. Je l’ai reconnu. Il marchait à petits pas, Marguerite à son bras. Je suis allée leur dire bonjour, en béarnais évidemment. Je me suis présentée :
. « Je suis la fille de Gilbert Narioo. »
. Il m’a répondu :
. « La fille de Gilbert Narioo est aussi la mienne. »
. Je ne demandais pas mieux que d’être adoptée par Roger Lapassade. Il a ajouté :
. « Tu viendras me voir ? »
. Marguerite m’a fait un sourire angélique. Elle était déjà un peu ailleurs. Et ils ont continué leur promenade en direction du square.
. Je suis allée le voir. Pendant dix ans. Et entre deux visites, deux conversations téléphoniques, quand je tardais à revenir, accaparée par les concerts, les enregistrements, les soucis, le chagrin, ou quand lui-même s’absentait, il m’envoyait à Balansun des lettres et des poèmes. Plusieurs de ces poèmes figurent dans les trois recueils dont j’ai préparé les maquettes. Sent-Jaqués, par exemple, il me l’a envoyé parce que je voulais chanter une chanson de pèlerin. Je relis ses lettres de temps en temps. Elles continuent de m’accompagner : « Nostes defunts t’escotan e dançan acerà bèc la craba e lo mochico. »
. Que dire de plus ? Il était la lumière, la joie, la simplicité… et l’humour béarnais incarné. En le quittant en fin d’après-midi, je croisais souvent les élèves de Gaston-Fébus. Combien d’entre eux avaient entendu parler de Roger Lapassade ? Combien le connaissaient, savaient qu’il vivait là, à deux pas de leur établissement ?
. Les grands poètes, les grands artistes transforment notre vision du monde. Je ne peux plus admirer les toits pentus d’Orthez du haut de la rue Moncade, quand je retourne me balader dans son quartier, sans avoir l’impression qu’ils sont en prière comme deux mains jointes par le bout des doigts, ainsi que l’a écrit Roger Lapassade dans le poème Teits, pour que Dieu protège ceux qu’ils abritent sous leur vieille charpente.
. Dans toutes les communes du Béarn, qu’ils soient couverts d’ardoises ou de tuiles plates, tous les vieux toits à forte pente font leur prière, en souvenir de Roger Lapassade.
. Marilis Orionaa
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Do you know Rosina de Pèira ?
Livret du CD « Sul Viu, Gospel d’Òc », Rosina de Pèira, 2003.
. Il n’y a qu’elle. Personne ne sait chanter comme elle, spontanément, instinctivement, d’une voix nue de femme occitane, dans l’intimité de notre langue. Ni esthétisme, ni maniérisme, mais une fraîcheur de fleur sauvage.
. Des heures, des années je l’ai écoutée ! Et je voyais venir le fils du roi sur son cheval. Et la rumeur enflait un soir de noce au village. Et je voulais danser à la foire de Belcaire. Et trois garçons fauchaient le pré. Et la fileuse aux cheveux longs dans la riche maison au bord de la rivière…
. Elle est notre trésor de guerre : toute la mythologie occitane est dans l’or de sa voix.
. Elle est notre Oum Kalsoum à nous, les Occitans.*
. Elle est ma reine et je porte sa traîne.
. Marilis Orionaa
* Le surnom d’Oum Kalsoum occitane que j’ai donné à Rosina de Pèira a été abondamment repris et c’est tant mieux. Que je n’aie plus guère la fibre occitane aujourd’hui n’enlève rien à mon admiration pour cette voix exceptionnelle (2010).