... Jésus de Nadau à l'Olympia
... Non à l’autoroute occitane !
... Roger Lapassade poète béarnais
... De la nécrologie sous régime occitaniste
... La signalétique est un TOC
... Conseils à un jeune artiste occitan
... Le cumul des mangas
... Allons z’enfants d’Occitanie
... Touche pas à ma mémé !
... Blanche-Neige et les sept nains

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Jésus de Nadau à l’Olympia
Blog « Hique-t’y sau ! » - 17 avril 2010


. Le groupe occitan Nadau s’apprête à monter pour la troisième fois sur la scène de l’Olympia, la fameuse salle parisienne reconstruite à l’identique, qui de temps à autre, pour faire entrer un peu d’argent dans la caisse, loue ses planches à des baladins provinciaux en mal de vedettariat, à cette condition toutefois que ces derniers s’engagent à organiser eux-mêmes l’acheminement de leur public vers la capitale en bus ou en train, avec la complicité d’élus démagogues. Pour ne pas nuire à l’image de marque de l’Olympia, la communication reste discrète. L’affiche du groupe Nadau est donc absente du site Internet du célèbre music-hall contrairement à celles de tous les artistes invités *.
. Il me semble qu’il faudrait scénariser ce non-événement.
. Comment en sommes-nous arrivés là ?
. Au début des années 90, alors qu’il chantait confidentiellement depuis des lustres, Joan de Nadau a commencé à cogiter. Comme il est bon en calcul, il s’est aperçu que s’il arrivait à racoler quatre cents personnes pour les caser sur scène, il remplirait aisément le Zénith de Pau avec les familles et les voisins. Dès lors, le pli était pris. Joan de Nadau s’est constitué porte-parole du petit peuple de nos contrées, qu’il photographie dans ses chansons, soi-disant. Tant de sollicitude n’est peut-être pas totalement désintéressée. Populisme et gros sous faisant souvent bon ménage, le grand reporter Joan de Nadau se garde bien d’expliquer à ceux qu’il caresse dans le sens du poil que les droits d’auteur versés par la Sacem sont proportionnels au prix et au nombre des entrées.
. Et pour attirer les chalands, notre poète ne recule devant rien. Il fait déjà tirer des feux d’artifice, comme pour une fête nationale. Bientôt il fera tirer le canon. Sa mégalomanie sert les nationalistes, qui ont besoin de prouver qu’ils sont une multitude. L’absence de critique musicale occitane permet à ce chantre de la diversité de truster le marché. Dans la pseudo-culture occitane en effet, le port ostentatoire de signes idéologiques et le militantisme bruyant sont des preuves irréfutables de valeur artistique. Aussi est-il impensable de critiquer la musique de patronage d’un groupe bardé de croix occitanes, qui sponsorise les écoles Calandretas. Le rouleau compresseur Nadau avance sur un terrain soigneusement déblayé, purgé des dissidents qu’on a fait taire en les traitant systématiquement de psychotiques pour les exclure. Le groupe emblématique occitan de Gascogne est donc le fruit de la propagande et de son corollaire la censure, une censure habile, occulte, mais décourageante et efficace de tous les auteurs-compositeurs-interprètes d’expression béarnaise et gasconne qui n’ont pas la vocation de devenir les V.R.P. comiques de l’occitanisme.
. Car Joan de Nadau est très farceur. Dès qu’il est en représentation, il exagère son accent gascon. En concert, il prend un air inspiré pour débiter des platitudes. Quand on l’interviewe, il bafouille comme un débutant submergé par l’émotion. Il a du mérite. Mettons-nous à sa place : prisonnier du personnage bon enfant qu’il s’est créé de toutes pièces, il est contraint de s’en tenir aux lieux communs, sous peine de provoquer une épidémie de méningite chez les braves gens un peu simples et les occitanistes intellectuellement limités qui boivent ses paroles. Interrogé sur France 3 Pau Sud-Aquitaine à propos du bouquin que venaient de lui consacrer deux hagiographes, il a trouvé le moyen de déclarer que c’était « comme si ces trente-trois ans de chansons prenaient un sens tout d’un coup », ce qui revenait à avouer qu’auparavant tout ce remue-ménage n’en avait guère. Comment parler avec pertinence quand on porte un masque ingénu, c’est le problème insoluble que ce prof de maths aujourd’hui à la retraite s’acharne à résoudre inlassablement pour nous distraire.
. Mais les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures et celles de Joan de Nadau, interminables et ressassées, sont usées jusqu’à la corde. La venue d’un orchestre de chambre ne suffira pas, j’en ai peur, à renverser la vapeur, la virtuosité des instrumentistes n’ayant réussi jusqu’à présent qu’à faire ressortir l’affligeante banalité des compositions du leader à béret inamovible. Car plus consensuel, tu meurs ! « Même pas mal », nous rassure à ce sujet, en français de cours de récréation dans le texte, le refrain d’une de ses chansons.
. Je propose donc une mise en scène exceptionnelle, à la mesure de la haute idée que l’intéressé a visiblement de lui-même.
. On sait que les cochonnailles jouent un rôle déterminant dans le conditionnement des supporters de Nadau, qui auront fait ripaille pendant le voyage. Pour marquer les esprits embrumés par les vapeurs du madiran, il est indispensable d’introduire un peu de spiritualité dans le déroulement de la soirée. Or quoi de plus spirituel que le mystère de la nativité, cette grande fête à laquelle le nom même de Nadau, Noël en gascon, est une invitation ? D’ailleurs, le précédent album ne s’appelait-il pas Saumon ? Saumon de Noël, le cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année, il fallait y penser. C’est qu’il en a sous le couvre-chef notre artiste officiel du parti ! Et plus récemment, la Vierge Marie elle-même n’est-elle pas devenue la protectrice attitrée du groupe, à la faveur d’un cantique s’achevant par les mots « Maria de Nadau », cantique composé par le même Joan de Nadau décidément de plus en plus subtil ?
. À peu de frais, il est possible de transformer rapidement la scène de l’Olympia en crèche vivante. Il suffira de déposer une botte de paille au milieu du plateau et d’y installer notre Messie dans le plus simple appareil, une serviette de bain entortillée autour des hanches en guise de langes. Bien emballée dans un vieux drap de coton teint en bleu ciel, l’ensorcelante Ninon Paloumet campera à coup sûr une Vierge Marie plausible. Les musiciens, soigneusement grimés grâce à des accessoires qu’on aura dénichés dans n’importe quel magasin de farces et attrapes, se répartiront les rôles pour incarner qui Joseph, qui le bœuf, qui l’âne gris, qui les anges descendus des cintres à l’aide de poulies actionnées par les machinistes. Quant à Gaspard, Melchior et Balthazar, les Rois mages accourus pour adorer notre Sauveur, on aura pris soin de demander à Bayrou, Lassalle et Ricarrère d’apporter leurs robes de chambre à l’Olympia. Ils iront discrètement les revêtir dans les coulisses, juste avant de faire leur entrée en scène les bras chargés de subventions, coiffés de couronnes en carton doré récupérées lors de leurs dernières dégustations de galettes à la frangipane, et l’illusion sera parfaite. L’enfant Jésus saisira alors son accordéon diatonique, ouvrira la bouche… Ô miracle ! La mélodie enchanteresse de L’Imortèla, ce chef-d’œuvre impérissable de la liturgie occitaniste, cette sublime illustration du style pompier dans ce qu’il a de plus pur et de plus authentique, s’élèvera dans un silence recueilli, avant d’être reprise en chœur et avec entrain par l’assemblée des fidèles. Les cloches de Notre-Dame de Paris sonneront à toute volée pour signaler la chose. Benoît XVI, alerté, donnera à tout hasard sa bénédiction du haut du balcon de la basilique Saint-Pierre de Rome. Et comme la grand-messe de l’Olympia sera retransmise en direct sur toutes les chaînes de toutes les télévisions du monde entier, Céline Dion, scotchée devant son écran par le talent inouï, le phrasé incomparable, le swing irrésistible du divin enfant, s’exclamera :
. « Tabernacle ! Ce type est trop fort, il faut absolument que j’enregistre un album en duo avec lui.
. — A star is born ! » confirmera René, qui s’y connaît.
. Et dès le lendemain, notre héros s’envolera pour Las Vegas et ce sera enfin le début de la carrière internationale dont Joan de Nadau, devenu John of Christmas pour les besoins du showbiz, a tant rêvé dans le secret de son cœur. Merci qui ?

. Marilis Orionaa
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* Je croyais qu’il y avait encore une programmation à l’Olympia (juin 2010).

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Non à l’autoroute occitane !
Blog « Hique-t’y sau ! » - 9 février 2010

... Dans le journal d’information du conseil régional d’Aquitaine paru l’été dernier, une photo me choque : à l’angle d’une vieille maison rurale se dressent les piliers monstrueux d’un vaste chantier d’autoroute. Juste en dessous, deux photos d’espèces animales menacées, vison d’Europe et écrevisse à pattes blanches, que l’A65, nous dit-on, va tout faire pour épargner. En vis-à-vis, les visages souriants de deux chefs d’entreprise.
... Sur l’avant-dernière page, un titre tout aussi effrayant : « L’occitan, gatge de desvelopament ». Il est question, cette fois, de gérontologie et de la prise en charge des personnes âgées par des personnels formés à la langue et à la culture occitanes. Deux photos illustrent l’article : une jeune fille aux petits soins avec une vieille dame, un jeune homme empressé auprès d’un vieux monsieur.
... Hormis une poignée de vétérans de l’occitanisme, je ne connais pas une seule personne âgée qui accepte de désigner sa langue maternelle par le mot occitan, avec tout ce que ça recouvre de bouffissure, d’imposture et de pousse-toi de là que je m’y mette. La sonorité même du mot occitan leur est insupportable. Nos anciens ont fait de la résistance à l’occitan. Ils l’ont fait à leur manière, discrète, courtoise. « L’occitan ne passera pas par moi », disent en substance toutes les vieilles personnes que je connais. Le cynisme de l’occitanisme est tout entier dans cet acharnement : « Vous n’en avez pas voulu tant que vous étiez valides ? À présent que vous êtes diminués, il va falloir faire avec ! »
... La similitude entre les deux pages est frappante : occitan et autoroute, même combat ! L’occitan vole au secours des petits vieux, l’autoroute dorlote les bestioles en voie de disparition.
... En réalité, même laideur du novlangue et du béton, même brutalité des crédits, mêmes méthodes d’intoxication.
Tout comme l’autoroute, l’occitan rapporte beaucoup à quelques-uns et nuit considérablement à quantité d’autres. Dans Sud-Ouest, en juillet, on apprenait que le CFPÒC d’Orthez, le Centre de Formation Professionnelle en langue et culture occitanes, venait d’empocher la coquette somme de 63 000 €. Le directeur du CFPÒC affichait la mine réjouie d’un loueur de bulldozers. Trois mois plus tard, le conseil régional d’Aquitaine, via son préposé aux langues et cultures régionales, informait par courrier l’Institut Béarnais & Gascon qu’il n’entrait pas dans ses priorités de lui venir en aide. L’Institut Occitan et le CFPÒC, oui. L’Institut Béarnais & Gascon, non. Au moins c’était clair.
... À quoi sert le CFPÒC ? À délivrer des diplômes loufoques, aux noms de bretelles d’autoroutes, à des adultes qui ont appris tant bien que mal à bredouiller quelques phrases rédigées en graphie normalisée. Qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit nullement de transmettre une langue et une culture mais, à terme, de réduire au silence tous les béarnophones restés insensibles aux beautés de la graphie occitane : « T’as ton A2 ? T’as ton B2 ? Non ? Alors tu fermes ta gueule ! »
... À quoi sert l’Institut Occitan ? C’est la question vertigineuse que semble se poser tous les mois son président lui-même, Eric Rey-Bèthbéder, tant chacun de ses éditoriaux rappelle à s’y méprendre un exercice d’autosuggestion façon méthode Coué : « Nous sommes utiles ! Ah ! Que nous sommes utiles ! Il est indubitable que nous sommes utiles ! » Et d’énumérer les charmants travaux auxquels il se consacre, selon des méthodes qui ont fait leurs preuves puisqu’elles sont empruntées au totalitarisme : propagande tous azimuts en faveur de l’occitanologie et de ses adeptes ; publicité éhontée pour une marque de textile dont les créations sont dans la ligne du parti (ce qui permet à ladite marque d’exercer un quasi-monopole sur le marché convoité du tee-shirt identitaire ou celui, tout aussi prospère, de l’affiche de vœux de bonne année placardée sur les abribus) ; organisation de réceptions avec petits fours en l’honneur de personnalités approbatrices, que l’InOc remercie de leur complaisance en leur décernant son prix de bonne camaraderie occitaniste… toutes activités lucratives qui occupent à plein temps une équipe de bureaucrates salariés, confortablement installés au premier étage du château d’Este à Billère et menant grand train, grâce au financement du département et de la région, et au racket du contribuable béarnais et gascon.
... Une autre besogne, inavouable, requiert également Eric Rey-Bèthbéder et son équipe : elle consiste à rayer des documents officiels, ainsi que des listes de liens du site de l’InOc, les noms de Béarnais et Gascons irrécupérables, l’iconoclaste Marilis Orionaa bien entendu, mais aussi le chanteur réfractaire Jean-Luc Mongaugé, les poètes hérétiques Alexis Arette et Alain Lalaude, les linguistes hétérodoxes Jean Lafitte et Jean-Marie Puyau, et bon nombre de déviationnistes que l’Institut Occitan, pour continuer à engloutir des subventions tout en feignant de valoriser la langue patrimoniale de Béarn et Gascogne, a intérêt à jeter aux oubliettes.
... On sait que le tracé de la liaison autoroutière entre Pau et Langon a occasionné d’âpres discussions et provoqué l’expropriation de familles impuissantes, qui ont dû renoncer aux maisons et aux granges bâties par leurs aïeux, réduites à des tas de pierres déblayées par des machines. Aucune indemnisation ne peut réparer un tel effondrement de son histoire personnelle et familiale.
... Une langue est le trésor de la communauté qui l’a reçue en partage. Mais pour se l’approprier (selon l’une de leurs expressions favorites), les occitanistes, tout comme les commanditaires de l’autoroute A65, ont décidé que le meilleur moyen était d’en exproprier les héritiers légitimes. La création d’emplois au service de la langue et de la culture occitanes n’a pas d’autre but. C’est ainsi que nous voyons accéder à des postes-clés de l’administration, de l’enseignement et des médias toute une frange de miliciens maniant une langue occitane épouvantable (syntaxe française, phonétique française, rhétorique française, saupoudrage idiomatique pour faire couleur locale, lexique indigent du milieu militant occitaniste, élocution embarrassée ou mécanique, diction approximative), prêts à défendre bec et ongles leurs privilèges. Les Béarnais et Gascons récalcitrants n’ont qu’à bien se tenir, et à tenir leur langue. Désormais, le respect de la doctrine occitane passe avant tout, avant la langue béarnaise et gasconne elle-même, avant l’histoire, avant la culture, avant la littérature, avant la compétence linguistique, avant le talent artistique, avant le génie littéraire, avant la poésie, avant l’honnêteté intellectuelle.
... L’occitan est une langue grise comme le béton, qui défigure le paysage culturel, exproprie à tout-va et impose ses nuisances à grand renfort de pognon.
... Parmi toutes les turpitudes qu’on nous inflige jour après jour au nom des fausses valeurs de la communication et du progrès, la prétendue culture occitane n’est plus guère qu’un projet d’autoroute supplémentaire qu’il est urgent de faire échouer.

Marilis Orionaa

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Roger Lapassade poète béarnais
La Lettre de l’Institut Béarnais & Gascon n° 21 - décembre 2009

... J’ai rencontré Roger Lapassade en 1989. J’étais professeur de lettres et je voulais devenir chanteuse béarnaise. Il avait publié un seul recueil de poésie presque vingt ans auparavant, et j’avais appris par cœur, à l’âge de quinze ans, un de ses poèmes les plus émouvants, Lo crit. Je me suis occupée des trois recueils qui ont suivi, choisissant les textes, leur agencement, et jusqu’au titre des ouvrages, puisqu’il me faisait confiance. Une œuvre mince, donc, mais intense. Roger Lapassade était la bonté même, la bonté faite homme, une bonté lucide. Nous nous épaulions, moi la chanteuse professionnelle débutante, lui le vieux poète fragile. Je me souviens surtout de sa fantaisie incroyable, de son humour extravagant. Roger Lapassade était charmeur et drôle. J’ai beaucoup ri avec lui. Je l’ai entendu à plusieurs reprises faire la cour en béarnais, les jours de marché à Orthez, à de vieilles dames de sa connaissance rencontrées au coin de la rue, et qui lui récitaient la litanie de leurs douleurs. Il les réconfortait d’un compliment : « Mais Germaine [ou Antoinette, ou Augustine…], que me dites-vous là ? Pour moi, vous êtes toujours la même, aussi fraîche et vermeille que le bouton de la rose musquée. » Elles éclataient de rire et retournaient à leur train-train, requinquées.
... Jusqu’à sa mort — ne serait-ce que par admiration pour lui et parce qu’il était un rempart — je me suis efforcée de croire à l’occitanisme tel qu’il le concevait, une sorte d’humanisme du Sud, un Sud aux frontières indifférentes, du reste. Mais dix ans plus tard, sa disparition ayant laissé le champ libre à tous les appétits, l’occitanisme subventionné s’est tellement déconsidéré que le mot occitan lui-même est devenu détestable : nationalisme infect, endoctrinement des enfants, embrigadement des jeunes gens, dénigrement de la langue française, sectarisme, éviction (ou récupération pour recyclage) de tous les poètes, écrivains, chercheurs, chanteurs, conteurs de Béarn et Gascogne qui refusent de se prosterner devant la croix occitane, au pied de laquelle se bousculent désormais cuistrerie, pédanterie, goinfrerie, opportunisme, carriérisme, cynisme, et autres malfaisances totalement étrangères à la personnalité de Roger Lapassade, toute de simplicité et de grandeur d’âme. Tant et si bien qu’aujourd’hui, paradoxalement, la seule manière d’être fidèle à la mémoire du poète occitan Roger Lapassade, et à son œuvre, c’est de s’opposer à l’avancée de l’Église d’Occitanologie en refusant catégoriquement d’employer le mot occitan pour désigner le béarnais et le gascon.

... Marilis Orionaa


Marilis Orionaa et Roger Lapassade
© Gérard Cauquil

Roger Lapassade (1912-1999) a publié ses premiers textes en graphie béarnaise dans la revue Reclams. Il les signait du pseudonyme Lou Cardinou (le chardonneret). Mouts de nouste est paru dans un numéro de 1961. Ce petit poème très pur concentre ses thèmes de prédilection : l’attachement à la langue béarnaise, le goût de la simplicité, la communion avec la nature, la foi.

M.O.

... Mouts de nouste

... Dous mouts de case,
... pertout causits,
... beroys, poulits,
... qu’èy l’amne arrase.

... Lou blu sourelh,
... mountagnes clares,
... douçou de l’amne,
... pats dou soumelh,

... Blancou de nèu,
... negre escurade,
... maube matiade,
... pâ, lèyt e mèu,

... Fé, caritat,
... sendè d’ahide,
... bite hoeytibe,
... clot dou segrat…

... La flou, l’arriu
... e l’irounglete
... e cande aubete
... que disen « Diu ! ».

... Lou CARDINOU

 

... Pourquoi Roger Lapassade, si attentif par ailleurs, est-il resté sourd aux appels de ses vieux amis ? Pourquoi a-t-il préféré l’utopie occitaniste à la réalité béarnaise ? C’est une chose que rétrospectivement je m’explique difficilement. En imposant leur graphie byzantine les occitanistes ont confisqué peu à peu la transmission d’une culture ancestrale et substitué au beau parler musical de Béarn et Gascogne un « dialecte occitan » de plus en plus rébarbatif, hygiéniste, bien-pensant, et pour tout dire indigent et bancal, car amputé des contributions de tous les fidèles et brillants serviteurs de la « léngue mayrane » rebutés par l’occitanisme. Voici une lettre, aimable mais ferme, adressée à Roger Lapassade par un célèbre paysan et poète béarnais nonagénaire.

... M.O.

... Baigts-de-Béarn, lou nau de heurè 1986

... Brabe Moussu Lapassade,
Que-m hè esquè de nou poudé ha ço que-m demandat. Ta you qu’ey aquiu u aha de consciènci.
... La familhe de l’abat Tauzi que-m abè balhat lou liberet de L’Aganit a counditiou de tourna youga aquere pèce hens la coumune d’abord, e arroun hens lous autes bilatyes per la youenesse de Baigts. Qu’abi proumetut you e lou hilh tabey. Ne bouy pas arrenega. Ne bouy pas minya la paraule balhade. Ne debèrsi pas d’aquere mesture ! S’ère lou cas, que heret pariè !
... Que-m pensi que l’abat Tauzi que-s bireré hens la toumbe. Que-p abi dechat arrebira La Tasque en Occitâ e balhat l’esplic de mouts qui ne counechèt pas. Lous meys amics que-m abèn arcastat quan parechou. Que-m disoun qu’ère aquiu u biarnés embastardit coum lou sabir de la Méditerranée ou lou pitchin de l’Asie !
... Que bam doun decha las causes coum soun. Lous bostes amics que soun prou horts ta escribe encoère pèces populares coum an hèyt deya e de pla, e coum cau ta ha arride lou petit puble de la campagne.
... Que-m hè dòu de-p balha lou denou, pr’amou que-p estimi coum u brabe omi, mes ne-m bau pas carqua la counsciènci tan per tan aban de pareche deban lou Gran Yutye !
... Que-p souheyti santat, escadénce, escuts e amics e tabey a Madame Lapassade.

... Ulysse Lasserre-Capdeville

... Perdou per la mie escriture, que bey hère mau las arrèques dou papè dap lous meys oelhs de nabante ans.

... L..-C.

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De la nécrologie sous régime occitaniste
Blog « Hique-t’y sau ! » - 2 novembre 2009

... Albert Peyroutet nous a quittés en juin 2009. Il était et il restera un grand écrivain béarnais, un styliste accompli, sensible, subtil et d’une remarquable justesse de ton. Le directeur de l’Institut Occitan s’est fendu d’une nécrologie via la newsletter intitulée Clinhet (Clin d’œil), ce qui est déjà en soi d’un goût douteux en pareille circonstance. Dans le registre chafouin qu’on lui connaît, Sèrgi Javaloyès nous ressert sa prose grumeleuse, en français chichiteux et en occitan du Béarn, s’efforçant de faire passer sa petite entreprise de récupération pour un hommage.
... « Il nous soutint, nous encouragea à persévérer, à supporter le sarcasme et l’invective », déclare-t-il avec des trémolos.
Seulement voilà… en 2004, j’avais envoyé à Albert Peyroutet une première ébauche de ma fameuse chronique Be bebeja lo babau !, et il m’écrivait à son tour (le début de sa lettre est en français) :

... Ma chère Marilis,
Tes deux pages sur notre ami Java m’ont beaucoup diverti, et je t’en remercie. Ça change des critiques louangeuses qu’on trouve un peu partout. Toi, tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère ! […] J’espère que cette analyse décapante sera lue par celui qui en est l’objet. Sincèrement, je pense qu’une bonne douche froide nous fait du bien, à tous. Pauvre Java ! On sent qu’il voudrait tant être le Faulkner occitan (ou peut-être le Conrad, mais il n’est pas si facile de s’approprier une autre langue).


... Albert Peyroutet m’a également confié, un jour d’amertume, avoir été dégoûté de l’écriture par les corrections intempestives que l’occitaniste aveyronnais Maurice Romieu faisait subir à ses textes avant publication aux éditions Reclams, éditions auxquelles présidait justement l’inénarrable Javaloyès. Mais c’est le propre des apparatchiks que de prononcer l’éloge funèbre de ceux qu’ils ont eux-mêmes contribué à décourager. Notons que dans la bibliographie jointe à son pensum, l’avisé nécrologue se garde bien de mentionner Countes bracs (Marrimpouey, 2008), le dernier livre d’Albert Peyroutet revenu à la graphie béarnaise.
... Et comme on pouvait s’y attendre, notre remuant communicant termine son laïus par l’évocation vibrante de ceux qui, à l’instar d’Albert Peyroutet, s’efforcent de « construire une œuvre dans cette langue menacée ». Le constructeur Javaloyès est confiant : cette langue « est loin d’avoir épuisé toutes ses ressources » (en clair, les subventions vont continuer à engraisser la nomenklatura occitanocrate). Bref, une langue choisie « pour dire notre monde, cet universel qui seul exige de nous », conclut-il en beauté, non sans lucidité.
... Heureusement que l’universel est là pour avaler les couleuvres de Javaloyès avec son « œuvre » ! Parce que nous autres Béarnais et Gascons étriqués, particularistes, nous refusons d’ingurgiter cette bouillie de pataquès.

... Marilis Orionaa

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La signalétique est un TOC
La Lettre de l’Institut Béarnais & Gascon n° 20 - octobre 2009

... J’apprends qu’il est question de placer un panneau portant l’inscription Valensun à l’entrée du village de Balansun. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, il est à craindre que ce même panneau sera pieusement orné d’une dévote petite croix occitane, à l’intention des fidèles de la sainte Église occitaniste, apostolique et rocambolesque.
... Faut-il que je produise une copie de toutes les lettres, de tous les poèmes que Roger Lapassade m’a envoyés quand je vivais encore à Balansun ? C’est toujours Balansun et non Valensun qui apparaît sous sa plume, quand il évoque en béarnais, au fil des saisons, le village d’où ma famille est originaire. Et Balansun est aussi le titre d’une de mes toutes premières chansons, où j’égrenais les vieux noms béarnais des maisons de mon village.
Nous considérions l’un et l’autre que les noms propres pouvaient échapper quelque peu à la normalisation de toutes choses, graphie, langue, mentalités, qui est devenue la priorité de l’occitanisme. Car tout doit désormais recevoir l’estampille occitaniste. Un salarié de l’Institut Occitan annonçait dernièrement qu’il avait l’intention de placer des panonceaux en occitan au pied de quelques grands et beaux arbres du département (pour que les promeneurs ne meurent pas idiots, probablement). Si nous n’y prenons pas garde, tout ce qui nous entoure sera bientôt étiqueté par nos lexicomanes occitanopathes, la passion de la nomenclature s’apparentant chez eux à un trouble obsessionnel compulsif.
... Et ils ne sont pas près de se calmer, ayant reçu le soutien des médecins légistes de l’onomastique occitane, qui autopsient les noms de lieux comme des cadavres, et harcèlent les élus pour que soit exposé aux yeux de tous, sur un panneau en bonne graphie, comme dans un bocal rempli de formol, le résultat de leurs précieuses recherches.
... Le découragement me gagne à la pensée de tous les touristes à qui il va falloir expliquer que ça s’écrit va mais que ça se prononce ba. De guerre lasse, dans quelques années, quand plus personne n’aura le courage de rectifier, on entendra les nouveaux venus prononcer Valensun avec un v comme dans victoire, drôle de victoire en vérité, au lieu du béarnais Balansû.
... On m’objectera que j’ai moi-même utilisé la graphie normalisée jusqu’à maintenant. Avais-je vraiment le choix, enrégimentée comme je l’ai été par un père occitaniste ? Il n’est pas si facile de passer d’une graphie à l’autre. Et il m’aura fallu beaucoup de temps, et de doutes, pour comprendre cette évidence, à savoir que la graphie traditionnelle du béarnais fait partie intégrante de notre patrimoine, et mérite d’être protégée des attaques des occitanistes qui la traitent de honteuse, alors que ce sont eux les bergougnous, eux qui devraient avoir honte de brandir depuis quarante ans une graphie pédante, discriminante, déstabilisante à seule fin de ringardiser et de dessaisir de sa propre langue une population béarnophone peu encline à embrasser la foi occitane.
... La pédagogie a bon dos. On nous dit que ça traumatiserait le pourcentage dérisoire d’enfants scolarisés en graphie occitane s’ils apercevaient une autre graphie sur les panneaux. Mais qu’on bafoue des vivants et des morts, ça ne gêne personne apparemment. Je pense à Bernard de Massiòu, paysan de Balansun, qui nous a quittés il y a peu (il avait cinquante-six ans). Pendant six ou sept ans, jusqu’en 2007, il a animé bénévolement chaque semaine une savoureuse émission en béarnais sur Radio Orthez, totalement improvisée et anarchique, avec le matériel souvent défectueux d’un petit studio de fortune, mais dans une langue béarnaise vigoureuse, d’une éloquence à laquelle fort peu d’occitanistes peuvent prétendre aujourd’hui, catéchisme et bredouillage leur tenant lieu de langue le plus souvent. Bernard de Massiòu n’appréciait pas beaucoup l’arrogance occitaniste subventionnée, c’est le moins qu’on puisse dire.
... À Balansun, comme partout, il y a de plus en plus de maisons neuves et de moins en moins de paysans. Balansun n’a déjà plus grand-chose à voir avec ce qu’il a été jusque dans les année soixante, le plus beau village du monde, celui de mon enfance. Qu’on lui laisse au moins son nom.

... Marilis Orionaa

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Conseils à un jeune artiste occitan
La Lettre de l’Institut Béarnais & Gascon numéro hors-série - mai 2009

... Vous souhaitez faire carrière dans l’occitanisme ? Rien de plus facile ! Vous écorchez le béarnais ? Vous estropiez le gascon ? Vous êtes incapable d’articuler trois phrases en occitan qui soient autre chose que du français poussivement traduit mot à mot ? Pas de problème ! Il vous suffira de prononcer le mot occitan à intervalles réguliers et les portes s’ouvriront comme par enchantement. Inutile de vous torturer les méninges. Vous trouverez des nègres militants pour rewriter vos navets, des élus connaisseurs pour s’extasier sur vos rengaines. Vous pourrez même vous faire passer pour un créateur inspiré en proposant des resucées astucieuses de chansons traditionnelles revisitées. Des aides substantielles vous seront accordées sans délai. En échange de quoi, évidemment, il vous faudra faire figurer la croix occitane sur toutes vos productions, ce qui impressionnera la populace qui saura que vous êtes protégé par une secte puissante.
... Pour réussir, donc, une seule consigne : comprendre comment fonctionne l’occitanisme, cette drôle de religion qui rappelle certains totalitarismes désopilants du siècle dernier. Ainsi, on y juge les œuvres non sur leurs qualités artistiques, littéraires ou musicales, mais selon le degré de dévotion de leurs auteurs, et la ferveur qu’ils mettent à accomplir leur devoir. Or ce devoir consiste justement à prêcher la foi occitane inlassablement. Les occitanistes ont l’esprit missionnaire. Ils sont pur amour et désintéressement, et c’est vraiment de la mesquinerie de la part de leurs adversaires que de faire remarquer qu’ils se sont infiltrés dans toutes les administrations pour rafler un maximum de sous. Car ils ont des adversaires, aussi ahurissant que cela puisse paraître ! Notamment en Béarn et Gascogne, où il se trouve encore quelques abrutis pour refuser de se convertir à l’occitanisme, malgré tout le profit qu’ils pourraient en retirer. Avec ces derniers, tu devras faire preuve de fermeté (je te tutoie parce que tu m’inspires une sympathie croissante). Fais-toi respecter ! Que ceux qui ont osé formuler une critique désobligeante envers toi s’en mordent les doigts ! N’hésite pas à faire courir le bruit qu’ils souffrent de troubles mentaux, ou bien qu’ils sont aigris, ou encore qu’ils ont dit ça uniquement pour faire de la peine à leur papa. Fais appel à ton réseau pour qu’il censure toutes les voix, toutes les plumes qui pourraient médire de l’occitanisme et compromettre ton succès. Si ces vermines persistent, envoie-leur une lettre d’insultes. Menace-les en termes à peine voilés des pires représailles s’ils ne présentent pas publiquement des excuses. Et si malgré tout ils s’obstinent, ne tarde pas à dévoiler la véritable nature de leur fascisme. Hurle au racisme, à la xénophobie !
... Quant à toi, porte la croix occitane en pendentif. Suspends-la au cou de tes enfants. Demande à ta femme de se la faire tatouer sur le corps. Pour les fêtes de fin d’année, décore ta maison d’une guirlande de croix occitanes lumineuses. C’est ainsi que tu feras reculer l’obscurantisme. Car l’occitanisme est une source intarissable de bonheur et de progrès.
... Alors redis-le sur tous les tons, dans tes chansons, tes romans, tes poèmes, tes articles, tes interviews et tes pièces de théâtre : « L’occitanisme est bon. L’occitanisme est beau. Vive l’occitan ! Vive l’Occitanie ! Vive les occitanistes ! »
... Tu seras un grand artiste.

Marilis Orionaa

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Le cumul des mangas
par Irma Labrouche *
La Lettre de l’Institut Béarnais & Gascon n°18 - avril 2009

... Je lis dans le journal que depuis quelques années, aux fêtes de Bayonne, « le Béarnais Sèrgi Javaloyès » joue les répétiteurs pour des personnalités diverses chargées de prononcer, du haut du balcon de la mairie, le poème minimaliste en langue minoritaire que cette sommité a composé pour la circonstance. Quand on sait qu’il est impossible d’écouter Sèrgi Javaloyès parler béarnais (pardon, occitan du Béarn) sans être partagé entre l’effarement et le fou rire tant il maltraite une pauvre langue qui n’a rien fait pour mériter ça, on imagine à quoi doivent ressembler ces séances originales de coaching phonétique…
... À ce propos, avez-vous remarqué combien les plus fervents adeptes de l’occitan à tous les étages, et notamment en Béarn le tandem Grosclaude-Javaloyès, rougissent de plaisir quand un Thomas Longué (Sud-Ouest) ou une Renée Mourgues (La République des Pyrénées) leur donnent du « Béarnais » ? Il faudrait savoir ! Et ce sont les mêmes qui deviennent fous furieux quand on leur rappelle incidemment que bon nombre des indigènes qui peuplent le Béarn disposent également, et même davantage, d’une certaine légitimité à se dire Béarnais et n’en font pas un fromage, mais ont à ce titre leur mot à dire sur l’utilisation qui est faite de leur langue ancestrale à des fins politiques, le nom qui la désigne et le choix de sa graphie. En résumé, les occitanistes David Grosclaude et Sèrgi Javaloyès adorent s’entendre dire qu’ils sont béarnais mais ne supportent pas d’entendre ceux qui sont béarnais pour de bon dire qu’ils parlent béarnais et non pas occitan. Ça marche à tous les coups, c’est très amusant.
... Passons. Connaissez-vous le nouveau pseudo de Sèrgi Javaloyès, quand il envoie une lettre d’insultes sur Internet ? Vous donnez votre langue au chat ? Il signe Emma Casenave, ou Casanava en graphie occitane. Il doit se prendre pour Flaubert : « Emma Casenave, c’est moi. » À moins qu’il n’ait voulu imiter l’écrivain algérien Yasmina Khadra, dont le pseudonyme est constitué des deux prénoms de son épouse. Javaloyès a-t-il emprunté à sa complice Estelle Comellas, des publications Reclams, ses initiales ? Mystère et boule de gomme. On connaissait déjà son double Gérard de Loiès, qui a publié aux éditions In8 (dont il est le conseiller éditorial, c’est pratique) une nouvelle érotique à peu près aussi excitante qu’un prospectus de Conforama, le principal fantasme du narrateur étant de se faire faire des choses par des clientes dans la cabine d’essayage d’une boutique de fringues. Pourquoi pas ? Chacun son truc. Le problème c’est que dans ces cas-là il faut être inspiré. Et que le verbiage de Javaloyès n’inspire que de la compassion. Le pauvre ! Mais on aurait tort de le plaindre. Car notre Java universel a plus d’un tour dans son sac. Il est tout à la fois ce redoutable romancier béarnais que l’Occitanie nous envie ; ce troubadour souffrant d’incontinence qui s’apprête à ouvrir les vannes à un poème-fleuve de trois mille vers destinés à inonder jusqu’à nos dernières réticences (oui, trois mille, vous avez bien lu, alors préparez les canots de sauvetage) ; cet éminent directeur de l’Institut Occitan, autre boutique de prêt-à-penser dans laquelle depuis peu les Béarnais ont la chance de pouvoir feuilleter (pendant que Javaloyès fait le joli cœur auprès de la clientèle féminine ?) un authentique manga, une bande dessinée japonaise traduite en occitan, et c’est vrai que ça manquait. Que-ns mangabe û manga. Et ce n’est pas tout ! Sèrgi Javaloyès est également ce chroniqueur mondain féru de name-dropping que l’on peut retrouver toutes les semaines dans La République des Pyrénées dans une touchante intimité avec les grands écrivains : il donne un bon point à Bernanos, tire les oreilles de Céline, tape sur le ventre de Faulkner, confond Ronsard et Du Bellay mais fustige la bassesse des lecteurs qui le lui font remarquer, quand il ne se représente pas lui-même tel un prince des poètes sur le berceau duquel se seraient penchées de bonnes fées nommées Castan, Manciet et Lapassade dans un remake improbable de Trois hommes et un couffin. Et il est également délégué pour les langues régionales au Conseil économique et social du conseil régional d’Aquitaine. Et j’en oublie.
... Or c’est précisément pour voler au secours du Sèrgi Javaloyès du CESCR dont un internaute, historien médiéviste et spécialiste de l’histoire de la Gascogne, avait critiqué sur le forum Gasconha-doman le rapport très ouvertement occitaniste, que la bouillonnante Emma s’est manifestée l’été dernier, en langage typiquement javaloyèsque, reconnaissable entre tous à ses tics et bourdes récurrentes (je renvoie le lecteur à mon étude stylistique qui a fait, sans me vanter, quelques dégâts dans le petit monde tout en contrefaçon de la littérature occitaniste, disponible sur mon site www.irmalabrouche.com). La volcanique Emma Casenave a donc fait irruption à plusieurs reprises, lançant des invectives dans son patois occitan, traitant le misérable historien de « con racialiste », le tutoyant avec un mépris non dissimulé et le menaçant : « La haine appelle la haine », ce qui est une déformation scandaleuse de l’une des pensées de Snoopy parmi les plus fameuses. Car Sèrgi Javaloyès, en vertu d’une sorte d’immunité liée au statut de militant occitaniste, est par essence au-dessus de toute critique, laquelle ne peut donc émaner que d’un salopard de fasciste à l’« idéologie bien noire », comme dirait David Grosclaude, qui a également recours à ce genre de syllogisme chaque fois que quelqu’un a le culot de se placer en travers de son chemin menant tout droit à la terrifiante Occitania, dans laquelle les dissidents de mon espèce seront priés de fermer leur gueule une bonne fois pour toutes, Censure et Propagande étant les deux mamelles (en soutien-gorge de chez Paratge & Convivéncia) de la ravissante petite nation que caressent dans leurs rêves les plus fous les membres de l’ahurissant Gouvernement Provisoire Occitan dont nous sommes déjà dotés, pour ceux qui ne seraient pas au courant. En août dernier, sur un autre forum délicatement intitulé Occitania !!, où s’ébattent de jeunes occitanistes endoctrinés jusqu’au trognon, un internaute qui débarque demande à la cantonade si quelqu’un connaît le groupe Estar et où on peut se procurer ses albums. Un occitaniste de vingt-quatre ans, journaliste à Ràdio País et fils spirituel de David Grosclaude, répond sans sourciller qu’il connaît très bien le groupe Estar mais qu’il ne dira rien parce que c’est un groupe de « béarnistes anti-occitanistes ». Je précise que Jean-Luc Mongaugé écrit dans une langue naturelle et instinctive des chansons pleines de sensibilité, chansons qu’il interprète sur scène en solo, avec ses copains du groupe Estar, dans des pastorales, ainsi qu’en duo avec votre servante occasionnellement. J’ajoute que l’antenne de Ràdio País, la radio occitaniste qui s’est spécialisée dans le copinage, est censée favoriser la diffusion de la création en langue régionale et reçoit même des subventions à cet effet. Mais fermons la parenthèse, car je vois le poète officiel qui poireaute dans sa cabine d’essayage. J’arrive !
... Du militantisme occitan à la littérature d’appareil, de La République des Pyrénées au conseil régional d’Aquitaine, la vie professionnelle de Sèrgi Javaloyès ressemble à une bande dessinée, fertile en rebondissements et en personnages grotesques ou inquiétants, un vrai manga finalement.
... L’occitanisme, comme tous les totalitarismes, permet à des bouffons notoires de faire carrière tous azimuts et de jouir des privilèges afférents à une forme de monopole en décourageant les vocations. Au siècle dernier, l’écrivain tchèque Jan Zabrana, réduit au silence sous régime communiste, notait dans son journal intime : « Un écrivain débutant avec deux sous de jugeote ne peut pas ne pas être conscient qu’être admis par cet establishment équivaut à une déclaration de nullité. ** »

... * Il s’est trouvé des occitanistes pour me reprocher de me cacher derrière ce pseudonyme par lâcheté.
... ** Jan Zabrana, Toute une vie, Éditions Allia, 2005, p. 106.

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Allons z’enfants d’Occitanie
La Lettre de l’Institut Béarnais & Gascon n°15 - juillet 2008

... Le ménestrel Joan Francés Tisnèr (pour ceux qui ne connaissent pas, il suffit d’écouter Ràdio País où il passe à peu près toutes les vingt minutes) a fait chanter La Sobirana des Pagalhós à de jeunes enfants à l’occasion du congrès des Calandretas en mai dernier. Jean-François, si tu lis ces lignes, sache que je t’approuve entièrement ! Le nationalisme, ça s’inculque le plus tôt possible. Tant que les gosses sont dociles, il faut leur bourrer le crâne. Si on attend trop, c’est foutu. Tiens, moi par exemple, j’avais presque dix ans quand mon père m’a interdit de lui parler français. C’était beaucoup trop tard ! J’avais déjà mon petit caractère. Le résultat c’est que mon pauvre papa n’a jamais réussi à faire de moi une bonne militante. J’ai mauvais esprit, je fuis la croix occitane de peur d’attraper ses boutons et les occitanistes me font mourir de rire. Pourtant mon petit papa n’a pas ménagé sa peine, tu peux croire. Mais rien n’y a fait ! Ni les coups ni les menaces. C’est bien dommage. J’aurais tellement aimé me joindre à vous et défiler moi aussi à la Òc Pride, à Carcassonne ou à Béziers.
... Mais revenons à cette Soubirane, qu’il vaudrait mieux appeler Soubiroune, car écrite par un Bigourdan, un certain Pierre Salles, un garçon charmant au demeurant, qui a écrit quelques jolies choses par le passé, mais qui semble un peu fragile psychologiquement ces derniers temps. Apparemment il se prend pour Bernadette Soubirous. Il a des apparitions. Et qu’est-ce qu’il a vu notre petit Pierre ? Le grand méchant loup ? Sa queue ? Eh bien non ! Sa langue ! Carrément ! La langue du vieux loup pelé qu’est cet avatar d’idéologie totalitaire communément appellé occitanisme. Et cette langue de plus en plus pâteuse il l’a trouvée tellement belle qu’il en a fait un poème, lequel est devenu une chanson que le zélé Jean-François Tisné, directeur de ce monde enchanté qu’est le Collège Calandreta Tisnéland de Gascogne, a eu la bonne idée de faire apprendre à ses agneaux pour leur montrer ce que c’est que le dogme et les préparer au sacrifice de toute une vie : « Moi je la servirai jusqu’à mon dernier souffle. / Un jour, un beau jour, / Tout le monde connaîtra ma souveraine : / Ma mère, ma sœur, ma fille, / Ma belle amour, c’est la langue occitane. »
... Évidemment, on peut prédire sans grand risque d’erreur que les petits garçons contraints de chanter de telles paroles, s’ils ne se révoltent pas à l’adolescence, auront quelques difficultés à devenir des hommes accomplis, bons fils, bons frères, bons pères et bons amants. Leurs femmes les quitteront, leurs filles les renieront et leurs sœurs et leurs mères se désoleront. Mais sans doute a-t-on prévu une version pour les petites filles ? « Mon souverain, mon père, mon frère, mon fils, mon grand amour c’est le patois occitan ». Comme ça on les mariera entre eux pour limiter les dégâts, en leur souhaitant bien du plaisir. En français on appelle ça une secte.
... Enfin, on verra bien. L’important c’est de recruter. C’est ça qui est merveilleux avec l’occitanisme. Du moment que c’est pour la cause, on peut tout se permettre.

... Marilis Orionaa

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Touche pas à ma mémé !
La Lettre de l’Institut Béarnais & Gascon n° 11 - juillet 2007

... J’ai entendu récemment David Grosclaude, président de l’IEO national, ricaner sur Ràdio País à propos de « ces Béarnais qui ne reconnaissent pas leur langue dans l’occitan enseigné à la Calandreta et qui voudraient retrouver exactement la langue que leur parlait leur mémé ». C’est sûr que lui, ses mémés, elles ne risquaient pas de lui parler béarnais quand il était petit : une Lorraine et une Tourangelle ! Mais ce n’est pas une raison pour cracher sur les mémés des autres. Faisons respecter nos mémés. Ne laissons pas David Grosclaude pousser nos mémés dans les orties. Vive nos mémés et vive les orties ! Et vive la soupe aux orties préparée par nos mémés ! Non mais !

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Marilis Orionaa
... petite-fille de Marie Lapeyre
... et de Marguerite Nougué-Darré
... maisons Friquet et Crabérou à Balansun

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Blanche-Neige et les sept nains
La Lettre de l’Institut Béarnais & Gascon n° 7 - mai 2006

... Même quand on veut bien appartenir à une communauté occitane (ce qui fut mon cas), on a vite fait de s’apercevoir que non seulement ça ne suffit pas aux yeux des militants occitanistes, mais c’est même suspect. Tout individu qui se contente d’être simplement « occitan » sans être d’abord et avant tout « occitaniste » est louche, corrompu, et couve quelque régression gasconno-béarnaise susceptible de miner le terrain et de saper le moral des troupes.
... Je me suis longtemps interrogée sur cette étrange disposition d’esprit, et sur cet acharnement à trier les gens en fonction de leur adhésion plus ou moins adhésive à une idéologie.
... La fortune souriant aux audacieuses, j’ai découvert l’été dernier, en feuilletant un numéro de La Setmana, journal militant d’information en occitan, un élément de réponse. On y voyait des abonnés à La Setmana photographiés sur leurs lieux de vacances, devant une pyramide égyptienne ou un phare atlantique, plongés dans la lecture de leur hebdomadaire favori. Exactement comme dans le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, où un nain de jardin, confié à une hôtesse de l’air, se fait tirer le portrait tel un touriste ordinaire aux quatre coins de la planète, sur fond de temple hindou ou de chutes du Niagara.
... Ce fut pour moi une révélation. En effet, les militants occitanistes, tout comme Grincheux, Prof, Dormeur, Atchoum, Joyeux, Timide et Simplet, selon la typologie de Walt Disney, vivent dans un monde virtuel, un conte de fées manichéen, où les bons combattent les méchants, et où le Bien, du moins l'idée qu’ils s’en font, triomphera à coup sûr.
... Les Grincheux sont des bourreaux de travail. Lexicographes stakhanovistes, ils font régner la terreur au sein d’associations de défense de la langue et de la culture occitanes.
... Les Dormeurs, et les Dormeuses, animent des émissions assommantes de catéchisme militant sur les ondes de leur radio militante.
... Les Profs se réunissent en commission consultative pour valider la cohérence et la complémentarité des objectifs déterminés par un conseil assesseur de la langue doté d’une capacité d’expertise permettant une approche méthodologique de sociolinguistique susceptible d’engager une démarche de pacte sociétal afin de mobiliser le tissu social au sein d’un schéma d’aménagement linguistique élaboré sur un mode opératoire partenarial favorisant une programmation pluriannuelle de l’ensemble des actions menées en concertation avec un comité de ressources culturelles constitué de spécialistes très spéciaux qui poussent comme des champignons à l’ombre des institutions et se serrent les coudes (à défaut de la ceinture) quand il s’agit de répartir les subventions.
... Les Atchoums sont affligés d’un rhume de cerveau chronique qui leur pourrit la vie. Ils sont allergiques aux particularismes et aux graphies microbiennes (comme d’autres le sont aux particules de pollen ou aux acariens). Ils rêvent d’un monde désinfecté où ils pourront enfin respirer en paix, quand tous les Gascons seront capables de communiquer entre eux de façon hygiénique et planétaire grâce au Romioc, le vaccin contre les virus micro-locaux que s’apprête à faire breveter l’Institut Pasteur Occitan.
... Les Joyeux, qui se font désormais appeler les Festifs, organisent de grands rassemblements conviviaux où le public est prié de revêtir une panoplie, de se tenir au garde-à-vous et d’agiter des drapeaux pendant la parade.
... Les Timides entrevoient l’opportunité d’échapper à leur condition de vieux garçon et se jettent à corps perdu dans la bataille pour tenter de dégoter la militante qui poussera le sacerdoce jusqu’à accepter de leur faire la garbure, laver les chaussettes… et tout ce qui s’ensuit.
... Les Simplets pensent que du moment qu’on est bénévole tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, à part Marilis Orionaa qui est vraiment trop méchante. Elle a le diable dans la peau, celle-là ! Dès qu’elle ouvre la bouche en public c’est pour dire des horreurs sur nos patriotes, changer nos chevaliers en crapauds ou blasphémer contre la croix occitane. Peut-être qu’on devrait la faire exorciser ? Parce que c’est quand même à cause de sorcières dans son genre que notre belle Blanche-Neige, alias l’Occitanie, est toujours en catalepsie.
... Reste à savoir qui incarnera le Prince Charmant, en qui les nains de jardin occitanistes ont placé tous leurs espoirs : Joan de Nadau évidemment ! Même si, comme l’ex-mari de la princesse Stéphanie de Monaco, il est poissonnier : en effet il vend du Saumon (et non pas de la daube, comme certains l’affirment).
Les nains de jardin occitanistes se reconnaissent surtout à leur absence radicale d’humour. Ce que leurs prévisibles fulminations à la lecture de cet article ne manqueront pas, hélas, de confirmer.

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Marilis Orionaa