DAMN

Armugalh / Darenlà 176403

Favourite albums of 2007
Andrew Cronshaw / fRoots magazine

Album de l'année 2007 - Vie d'artiste
France Bleu Gascogne

NEWfolkSOUNDS - augustus / september 2008 n°118

Jaren geleden zag ik Marilis Orionaa voor het eerst op Dranouter met een indrukwekkend optreden. Later deed ze dat voor een select publiek nog eens over in een gedenkwaardig concert in het Arsenaal-theater. De muziek van de voormalige schaapsherderin is fascinerend, soms complex en toch toegankelijk. Ze zingt hoofdzakelijk in haar eigen taal, het Bearnaise, een van de dialecten in het Occitaans. Ruim 6 jaar geleden verscheen haar laatste album Femelis, waarmee Orionaa zeker geen productieve musikante is. Maar dat schaarse is telkens van grote klasse. In feite is er weinig veranderd na Femelis. Nog steeds is er de driehoeksverhouding Orionaa (zang), Olivier Kléber-Lavigne (gitaar) en Nicolas Martin-Sagarra (percussie). Dit trio schept met een minimum aan middelen een maximum aan muzicaal genot. Damn begint met een allegorisch gedicht La presonèra. Het superbe liefdeslied Nau ans is er echt een uit de school van Orionaa : na een rustig intro neemt de dynamiek en spanning toe en grijpt het lied je bij de strot. Onvervalst Orionaa ook in de van haar bekende zangstijl : doorspekt met natuurlijke en geenszins storende vibraties in de tonen en doorklieft met de ijzingwekkende schreeuwen. Het natuurlijke van de rurale omgeving in de Bearn wordt in de studio geëvenaard middels digitale trucjes als echo en nagalm. Nog zo’n karakteristiek lied is het repetitieve Pr’amor en het prachtige Sent Jan. In dit hoogtepunt van de cd passeren alle Orionaa kenmerken : de verstilde, fluisterende passages tegenover de schreeuw ; en van de opzwepende, bijna shamanistische ritmes met krachtige percussie en gedreven gitaarspel tot de introverte melodie. Al de composities zijn van eigen makelij, waar in het verleden nog werd geleend en gezocht naar overgeleverde werken. Soms leunt het compositorisch tegen het chanson aan, met name het slotnummer Ma maman est une chanteuse, waarin letterlijk een aantal groten uit het Franse chanson passeren. Toch sijpelt de volksmuziek uit de Bearn altijd door in Orionaa’s liederen. Het zeer evenwichtige Damn is een perfect voorbeeld van hoe moderne volksmuziek hoort.
Marius ROETING

La première fois que j’ai vu Marilis Orionaa, c’était à Dranouter il y a quelques années, dans une prestation impressionnante. Puis elle a récidivé devant un public de choix, pour un concert mémorable encore une fois, au Théâtre de l’Arsenal. La musique de cette ancienne bergère est fascinante, parfois complexe et cependant accessible. Elle chante principalement dans sa langue, le béarnais, un dialecte occitan. Six années s’étant écoulées depuis la sortie de son dernier album Femelís, Orionaa n’est certainement pas une musicienne très productive. Mais cette rareté est à chaque fois d’une grande classe. En fait il n’y a eu que peu de changements après Femelís. C’est toujours la relation triangulaire Orionaa (chant), Olivier Kléber-Lavigne (guitare), Nicolas Martin-Sagarra (percussions). Ce trio crée avec un minimum de moyens un maximum de jouissance musicale. Damn commence par un poème allégorique, La Presonèra. La superbe chanson d’amour Nau ans est caractéristique de l’école Orionaa : après une intro paisible, la dynamique et la tension augmentent et la chanson vous étreint à la gorge. Du pur Orionaa également que ce style très reconnaissable : agrémenté dans les modulations de vibrations naturelles jamais envahissantes, traversé de cris déchirants. Le naturel du milieu rural du Béarn est recréé en studio au moyen de trucages digitaux tels que l’écho ou la réverbération. C’est caractéristique de chansons telles que le répétitif Pr’amor, ou le magnifique Sent Jan. Sur ce sommet du CD on retrouve tous les signes distinctifs d’Orionaa : le calme des passages murmurés qui contrastent avec le cri ; et les rythmes cravachés, presque chamaniques, portés par une percussion puissante et un jeu de guitare passionné, qui alternent avec la mélodie introvertie. Toutes les compositions sont des créations personnelles. Autrefois elle empruntait volontiers au répertoire traditionnel. Parfois sa musique se rapproche de la chanson, notamment dans le morceau final, Ma maman est une chanteuse, où défilent quelques grands noms de la chanson française. Cependant la musique traditionnelle du Béarn affleure toujours dans les chansons d’Orionaa. Comment créer une musique folk moderne ? Le très équilibré Damn en est un parfait exemple.
Traduit du néerlandais par J.W.

................................................................................................................


fROOTS - may 2007 n° 287

A new Marilis Orionaa album is an occasion, and it’s never going to be an easy thing to review or describe, nor fit neatly with other CDs in a group review.
A striking, slim figure, with a pre-Raphaelite mane of chestnut hair, she’s a creature of her beloved Béarn. The songs she makes draw melodically on folk traditions and are largely in the Béarnais dialect of the Occitan language, but she’s not a traditional singer as such, though she’s definitely a significant character in today’s Béarnais culture. In some ways, I suppose, though their musics and cultures differ widely, in her individuality, strength of personality and inseparable bond with her culture she’s a kind of Béarnais Mari Boine.
She’s an exciting, dramatic singer, oscillating from the free, edgy, ululating reverberating wildness of a Pyrenean mountain voice to a soft intimacy when she speaks her poetry against the musical accompaniment of her long-time band : Arabic/flamenco-oriented guitarist Olivier Kléber-Lavigne and percussionist Nicolas Martin-Sagarra. Producer-engineer Gérard Cauquil has also been with her throughout, and again, out of the minimalist line-up of voice, acoustic guitar and percussion, with creative studio work he has created a rich and complete sound.
The songs of Damn (not a swear-word ; derived from the Latin damnum, in Gascon it means wrong, punishment, damnation) include a fast, farandole-style dance song directed to Saint Jean, one about the town and people of Pau, one viewing traditional singer Rosina de Pèira, well-known since the 1970s, as an Occitan Oum Kalsoum. There are several musically accompanied spoken poems, including one in Greek remembering the village of Aspra Spitia, and wild mountain-calls enclosing a memoriam in French to a loved one still alive in spirit among the hills.
The penultimate track is a simple live recording of her explaining to a well-amused audience why she doesn’t let her family come to her gigs. It’s in Béarnais, but such is the musical rhythm of her speaking it isn’t a dead patch for a non-understander, and throughout the album her transitions between singing and speaking are very natural, flowing without the listener really being aware of the join. In the notes she reveals her family name before she adopted her nom-de-chanteuse, and she closes the album, in French to a perky waltz tune, with a witty fast-worded tribute to her mother, Ma Maman Est Une Chanteuse.
Andrew CRONSHAW

................................................................................................................

 

LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES - vendredi 22 décembre 2006

Le style unique de Marilis Orionaa
Un nouveau disque de la chanteuse béarnaise

Dans son dernier disque, Marilis Orionaa dévoile toute la gamme de son talent vocal.
Saluée par l’Académie Charles-Cros, félicitée par Joan Baez à l’occasion d’un concert international, invitée pour des festivals du Maroc à la Finlande, Marilis Orionaa continue son bonhomme de chemin parsemé de chansons très personnelles.
Elle a un style unique. Elle peut chanter en occitan, en français ou en grec comme dans son dernier disque Damn, qui vient de sortir, elle n’en demeure pas moins inimitable.
Sa découverte du peintre Ugarte est l’objet d’une chanson, comme aussi cette ode à la ville de Pau, déjà enregistrée mais réinterprétée, son hommage à la chanteuse Oum Kalsoum, cette évocation de la maison « casa caseta » qui fut aussi le nom de la villa béarnaise de Simin Palay, à l’entrée de la Vallée Heureuse ou encore, les souvenirs de cette ville blanche de Grèce, de son enfance au goût de miel, des maisons blanches...
On le voit, le répertoire de Marilis Orionaa épouse bien les contours d’une géographie sentimentale. Sa voix serait à l’aise dans ce que les Basques appellent l’irrintzina, comme dans le cri modulé des bergers béarnais, ou le yodel des Alpins... Une flexibilité de la voix qui se plie à tous les cris du cœur. Dans son disque Damn, Marilis Orionaa récite aussi, un poème sans musique, Le Marmoré, mais sa voix chante encore, sans chanter, en parlant. Un chant profond qui n’a pas forcément besoin de musique...
Le disque Damn (en gascon, tort, damnation, châtiment), que l’on peut trouver dans les points de vente habituels, est édité par l’association Armugalh à Orthez (05 59 67 95 65). Il a été enregistré avec Olivier Kleber-Lavigne, Gérard Cauquil, Nicolas Martin-Sagarra.
René LAULHERET

................................................................................................................

Pr'amor
Armugalh / Darenlà 176402

LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES - lundi 23 décembre 2002

PORTRAIT DE FEMME
Marilis Orionaa, poétesse et chanteuse

Marilis Orionaa sort un disque de trois titres, Pr’amor, en attendant son prochain album, prévu pour le printemps 2004.

REPÈRES
Née à Aix-en-Provence d’un père béarnais et d’une mère moitié béarnaise moitié bretonne. Enfance en Guinée, en Grèce, un peu en Béarn, dans l’Essonne… Adolescence en Ariège entre deux frères rugbymen. Etudes de lettres à Toulouse. Maîtrise de lettres sur « Le thème de l’amour dans l’écriture de Marguerite Duras », puis CAPES. Professeur à Toulon, Grasse, Maubeuge, Pau, Mourenx, Orthez. 1990 : premier concert chez Rosina de Pèira. 1992 : rencontre avec Gérard Cauquil. 1994 : 1er grand festival international en Belgique, démission de l’Education Nationale. 1995 : rencontre avec Olivier Kléber-Lavigne et Nicolas Martin-Sagarra. 1996 : premier album, Ça-i ! 2001 : Femelís. 2002 : Pr’amor

AUTOPORTRAIT
« Physiquement on est comme on est, avec plus ou moins de charme : l’étymologie du mot charme, c’est quand même le pouvoir magique de la poésie, donc ça me convient bien. A part les jours de concerts, où c’est la fête, je suis une solitaire. J’ai horreur des mondanités, de la convivialité forcée. J’aime le silence, l’intimité. Je rumine comme une vache béarnaise ».

« Pr’amor de l’Om Kalsom » (à cause d’Oum Kalsoum) : les premiers mots du nouveau single de Marilis Orionaa s’envolent sur de superbes entrelacs de guitare et de percus, comme l’écho d’une genèse. L’Oum Kalsoum de Marilis, c’est Rosina de Pèira : « J’ai quatorze ans, peut-être, quand j’entends cette voix magnifique, si différente. Je croyais qu’on n’avait pas le droit de chanter comme ça, un chant a cappella, très ornementé. A quinze ans, j’écoutais aussi des cassettes de Siros, j’étais fascinée par les chants des Pyrénées ».
Bien des années plus tard en 1990, Marilis rencontre enfin Rosina , qui la pousse illico sur les planches de sa ferme ariégeoise. Marilis passe la rampe et s’ouvre la voie à bien d’autres scènes. Pour son premier grand festival international, en Belgique à l’été 94, elle chante devant 15 000 personnes. Joan Baez est là, sur le plateau, en coulisse. Elle écoute, apprécie. Sacré encouragement. Quelques semaines plus tard, à la rentrée, Marilis jusqu’alors prof de lettres, quitte l’estrade de l’Education Nationale, où elle se « flinguait la voix ».
Cette voix, reconnaissable entre toutes, porte depuis sa poésie dans toute la France, mais aussi du Portugal à la Finlande. Partout la chanteuse impose son port, son regard, ses textes. Après la rencontre, fondamentale, avec Gérard Cauquil, ingénieur du son et plus, car affinités, Marilis a trouvé des musiciens pour l’accompagner sur sa route : le guitariste Olivier Kléber-Lavigne, et le percussionniste Nicolas Martin-Sagarra. Alchimie rare.
En 1996, sort le premier album, Ça-i !, qui reçoit le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros. Cinq ans plus tard, Femelís décrochera quatre « forte » Télérama et une couronne d’éloges internationaux. La critique est unanime : si Marilis Orionaa ancre son chant dans la tradition pyrénéenne, c’est pour mieux la dépasser.
« Je ne suis ni un porte-drapeau, ni une artiste officielle : je chante en occitan parce que l’occitan chante en moi » note « la diva du Béarn ». Et, dans un sourire : « Je suis une chanteuse béarnaise mondiale ». Référence à Marguerite Duras. Elle trace ainsi sa propre voie, forcément singulière, empruntant au gave ses méandres et ses courants, ses crues et ses étiages.
Un jour, une « major company » a sonné à la porte, bien sûr. Mais les discussions ont été vaines : impossible d’enfermer l’oiseau, de lui imposer des titres en français, de la séparer de ses musiciens. Rétive au formatage, Marilis Orionaa est plus à l’aise dans sa « minor compagnie », l’association Armugalh. Pour sortir Femelís, après deux ans de gestation, elle lance une souscription. Son public suit, comme un belle preuve d’amour. En 2001, le disque est mis en boîte, et la « major », aussi, dans une pastourelle devenue célèbre.
Aujourd’hui, Armugalh a d’autres projets de productions, dont un disque de Rosina de Pèira. Tout un symbole , rappelant que Marilis Orionaa n’est pas du même univers que l’envahissante école québécoise, ou que la « Star Academy ». D’ailleurs, elle n’a pas la télé. Ainsi, sa fille échappe au pire. Par contre, Marilis fait tourner le meilleur sur ses platines (de Janis Joplin à Carla Bruni, actuellement)
Marilis Orionaa goûte sa liberté. Ici, pas de calcul d’épicier : « Je mets mon cœur sur la table ». Et c’est du producteur au consommateur. Dans la bâtisse du XVIIIe siècle qu’elle retape, dans un village près d’Orthez, la poète et chanteuse retrouve régulièrement Nicolas et Olivier. Répétitions et créations : le son évolue, à la recherche de nouvelles voies, de nouvelles plages, « et quant c’est prêt, ça sort ».
Les trois titres de Pr’amor marquent l’état actuel de cette quête, en attendant le troisième album, prévu pour le printemps 2004. Les fidèles mesureront le chemin parcouru ; le novice y trouvera une porte royale pour entrer dans l’univers de Marilis Orionaa. Pour tracer son portrait de femme l’artiste préfère aux questions tendre son disque, avancer son chant , sa poésie, sa musique. Elle a raison, sûrement : tout est là.
Bruno ROBALY

................................................................................................................


Femelís
Armugalh / Darenlà 176401

 

 

TÉLÉRAMA n°2740 - 17 juillet 2002


Formidable chanteuse, saluée dans les festivals hexagonaux et européens et par la presse étrangère, la Béarnaise Marilis Orionaa avait remporté le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros il y a cinq ans, avec son premier album, Ça-i ! Le nouveau, Femelís (« les femmes »), est un joyau.
La voix ardente et aérienne vous entraîne, vous enchante. Les musiciens, Olivier Kléber-Lavigne aux guitares, Nicolas Martin-Sagarra à la batterie et aux percussions, jouent la caresse ou le vif-argent, mêlent intimement des couleurs d’en deçà et d’au-delà des Pyrénées, et d’ailleurs : ainsi ces échos africains voyageant sous l’aile des palombes (Palomas)... Les chansons content en béarnais (la pochette donne la traduction) le vol des oiseaux et le passage du pèlerin, le départ du poilu et l’exil du réfractaire, la vie et la mort des amours.
Chroniques gasconnes, jusque dans le moqueur titre final et français, où la « belle indigène / du bassin d’Aquitaine » envoie paître un producteur, préférant son « expression vernaculaire » à une « musique transgénique ». La musique de Marilis, enracinée et vagabonde, nourrit la mémoire d’une vitalité vocale et orchestrale enthousiasmante. Coup de cœur.
Anne-Marie PAQUOTTE

................................................................................................................


fROOTS - APRIL 2002

It’s five years since Marilis Orionaa’s cover-feature in fRoots, at the time of her first CD, Ça-i ! She still hasn’t performed in Britain, but she has showed up from time to time in other Europeans countries, including the 2001 Kraustinen festival where her passionate Béarnais-language singing and dramatic appearance (a slender figure with her waist-lenght cape of hair glowing chestnut in the backlight), created a stir.
Her voice is very distinctive, capable of stridency and wild ululation but also great delicacy and warmth. She often inserts bursts of fast-quivering vibrato into the middle of even quite short notes, but leaves the ends of long notes starkly non-vibrato; there’s not a hint of flabbiness nor plumminess. The songs are as strong as her voice and their melodies, by Marilis and occasionally other band members, and her lyrics, are continuous with the shapes and subjects of tradition. She’s not imitating the music of the past but working within it and springing from it to speak for herself. This can be heard in the words of a woman to her child, a letter from a Béarnais emigrant in America, a song to the man whose name is at the top of the list on the war memorial in the village of Balansun, a song of ”love and alcohol”, and a waltz to a friend that ends ”when we divided half and half, the chocolate and the boys”.
She’s accompanied live on Femelís, as she was on Ça-i !, just by Olivier Kléber-Lavigne’s spanish guitar, wich is flamenco and perhaps African and South-American inflected but of very individual inspiration, and Nicolas Martin-Sagarra’s equally personal, sparse, clicking, clattering percussion. Just one track features a guest, Pascale Respaud on diatonic accordeon. As before, Gérard Cauquil is producer, sound engineer and even sleeve photographer. Credits for coiffeur, ”stylisme” and ”conseil de communication”, to her ”taties” Marie, Thérèse and Marie, reflect Orionaa’s delight and immersion in the culture and communities of Béarn.
A splendid album from an intense, magnificient singer, absolutely the sort of thing that shouts to the world of the energy, fertility and differentness of European roots musics evolving in the 21st century.
Andrew CRONSHAW

................................................................................................................


SUD OUEST DIMANCHE - dimanche 3 mars 2002

La vahiné des Pyrénées
Femelís. Parce qu’elle croit dur comme fer au triomphe final du matriarcat. Parce qu’elle chante à la première personne et que ses personnages sont des femmes. Parce que Femelís rime avec Marilis. L’Orthézienne quitte régulièrement sa tanière villageoise pour s’en aller chanter en Belgique, au Japon, en Allemagne, en Finlande et partout en France où les œillères des pisse-froid ne sont pas trop légion. Son béarnais chanté n’a guère besoin de papiers pour traverser les frontières. Marilis Orionaa sort ces temps-ci son deuxième album et le bijou est au rendez-vous.
« J’y raconte ma vie », annonce la chanteuse. « Ce sont des choses que j’ai vécues ou des personnages que j’ai rencontrés. » Car si Marilis Orionaa chante et donne, c’est qu’elle reçoit et écoute beaucoup. Des anciens notamment, dont elle va sauvegarder, magnéto en main, des mots et une langue avec qui elle fait corps, plus que jamais. Cela donne Jean Casenave, ou les souvenirs d’une voisine centenaire (en photo au dos du livret), à l’irréductible amour d’enfance.
De sa chanson fétiche qui lui a valu son surnom (Pastora deus crums, la Bergère des nuages) à Lo Bordon en passant par Palomas (« ce que se disent les palombes les matins d’automne quand il fait beau à l’ouest des Pyrénées », légende-t-elle), Marilis Orionaa creuse son sillon musical, de sa voix sauvage. Loin des sabots folkloriques que les urbains pédants veulent lui faire chausser, loin aussi des étendards que des militants obtus veulent lui faire brandir. « Je suis pour une Occitanie incarnée », résume l’artiste. « La haine du français de certains occitanistes me révulse : je suis une chanteuse française d’expression occitane. »
Tous les textes de Femelís sont donc en occitan, mais sont chacun joliment traduits sur le livret du disque. Tous ? Non, un dernier titre résiste encore et toujours à l’envahisseur sectaire : dans l’ultime Pastourelle, Marilis Orionaa y force volontiers les clichés, se mettant en scène, bergère des Pyrénées, recevant la visite d’un avide producteur de world music.
Pour ce deuxième album, les majors ont fait le voyage en Béarn afin de persuader Marilis de signer. Ils sont repartis bredouilles, l’artiste restant dans sa « minor compagny » associative, loin des bacs à disques de world où les CD sont vendus comme des yaourts. Femelís n’aura pas de pub à la télé, entre le forfait d’un portable et une assurance-vie. Femelís est une œuvre diablement vivante.
Accompagnée sur ce disque de ses deux musiciens fidèles (Olivier Kléber-Lavigne à la guitare, Nicolas Martin-Sagarra aux percussions), Marilis Orionaa fomente d’ores et déjà d’autres projets : Techno-gala (voix et machines), un live et un nouveau spectacle en trio.
Yannick DELNESTE

................................................................................................................


4 VENTS CULTURE EN BÉARN-BIGORRE-GASCOGNE-LANDES-PAYS BASQUE - janvier / février / mars 2002

Ouf, elle a enfin décidé d’arrêter de jouer l’Arlésienne, Marilis, avec sa production discographique. L’attente a été longue, mais au final, nous ne sommes pas déçus du voyage. Peut-être tout simplement a-t-elle été cette pastourelle du chobiz dont elle parle avec tant d’humour, ce qui ne facilite pas forcément les démarches. Bon, pour revenir à l’album proprement dit, disons qu’il reste dans la même veine que le premier, en plus abouti sur le plan musical, plus varié aussi. La voix n’a pas changé, toujours si particulière, cristalline, vibrante, portant avec conviction des textes qui parlent d’amours contrariées, d’enfants à bercer, de voyages sans retour. Cet opus, on perçoit que c’est aussi peut-être celui des des interrogations sur le temps qui fuit, la maturité qui arrive, les amitiés perdues. Maturité, vous avez dit maturité ? C’est le mot qui définirait presque Femelís duquel on ne peut dissocier les deux musiciens qui permettent de créer cette ambiance si particulière, Olivier Kléber-Lavigne et Nicolas Martin-Sagarra, subtilement emmêlés aux arabesques de la belle. Si l’on ajoute les photographies de Gérard Cauquil et la mise en image graphique de Fabrice Mallorca, on a là un album frais, grave et beau à la fois.
Pierre DE NODREST

................................................................................................................

Ça-i !
Trema / Sony Music 710728





Sélection Disques de l'année 1996 / Libération

 

 

LE MONDE DE LA MUSIQUE - n°215, novembre 1997


La muse du Béarn
Belle découverte de la world music européenne, Marilis Orionaa est une étrangère dans son pays. Après un premier album acclamé par la critique et salué d’un « Choc » du « Monde de la Musique », c’est maintenant l’Académie Charles-Cros qui s’incline devant son art.

Beauté naturelle et regard profond, Marilis Orionaa est un cas résolument atypique de la scène musicale française. Exotique dans son propre pays, cette ancienne prof de lettres se consacre à la chanson depuis sept ans. Mais... en béarnais. Un versant de la langue occitane qu’elle revendique comme une valeur culturelle primordiale. A l’étrangeté de la langue, Marilis ajoute une façon de chanter fort inhabituelle, où le tempo se révèle un paramètre aléatoire. Sans aucun artifice scénique et avec un accompagnement acoustique minimal, elle séduit essentiellement grâce à la beauté sauvage de sa voix, s’appuyant sur les accents toniques et les diphtongues et usant d’un tempo fluctuant. Par sa façon tout à fait personnelle de constituer son matériau, elle est aussi une chanteuse contemporaine inclassable. Une voix tendre quand elle chante la nature, passionnée quand il s’agit de l’amour, ferme et violente lorsqu’elle fait référence à l’oppression endurée par la culture occitane. Révoltée, elle revient aux écoles avec ses chansons « pour rendre aux enfants ce qui leur appartient, leur langue, leur culture ».
Francisco CRUZ


................................................................................................................

POLITIS - 19 juin 1997


L’Académie Charles-Cros vient de fêter son cinquantième palmarès. Une belle brochette d’anciens et nouveaux lauréats y participaient. Parmi ces derniers, ou plutôt ces dernières, on a beaucoup remarqué la voix et la belle présence de la chanteuse béarnaise Marilis Orionaa. De Balansun, son village entre Pau et Orthez, en festivals (Côte d’Opale, Saint-Chartier), cette ancienne prof de français s’est déjà taillé un début de (bonne) réputation. Ce premier disque est une réussite, d’abord par la grâce d’une voix puissante et fortement expressive, aux légers trémolos d’une sauvage beauté. Parfois, Marilis convie des voix amies, qui conversent dans la langue du pays. Un pays fier et menacé, que ses habitants ont appris à défendre, et c’est l’un des sujets des chansons qu’elle écrit, outre les ballades traditionnelles qu’elle reprend ici (« Ne les laissez pas creuser les Pyrénées et saccager la vallée »).
Jacques VASSAL


................................................................................................................

CHORUS - n°19, avril-mai-juin 1997


A l’entendre dans ce premier album, on saisit tout de suite que Marilis Orionaa est bien de quelque part, d’un lieu que restituent accent tonique, son d’une faux qu’on aiguise (et qui ferait un bel accompagnement), voix rocailleuses, voix d’enfants ou mélodie instrumentale de Beth cèu de Pau à la scie musicale.
Marilis Orionaa a une voix de plein vent. De celles que l’écho renvoie d’un versant à l’autre de son Béarn natal. La langue dans laquelle elle chante a voyagé, humblement, dans la mémoire des hommes — à pied, des Pyrénées à la vallée de l’Adour, et aux côteaux de Gascogne ! A l’exception de deux traditionnels ( Los Segadors, les moissonneurs, et La bugada, la lessive - attribuée au poète d’Espourrins), l’ensorceleuse Marilis Orionaa écrit tous ses textes dans une langue qui peut tout dire de ce qui la touche aujourd’hui : l’attente ( Gabriel ), le village de l’enfance Balansun (dont elle nomme chaque maison), la magie d’un soir de lune où vieux monde, passé et présent se fondent dans l’oubli ( Baram de Lua , halo de lune), la montagne dépecée, le saccage des vallées et des têtes des gens ( Etnocide ).
Traditionnel parlé, ou chanson de facture très classique (comme la jolie Vila de Pau ), Marilis Orionaa joue sur une palette assez large pour être d’ores et déjà inclassable. Elle a pour seul horizon les friches de la sensibilité et de l’émotion servies par les arrangements d’Olivier Kléber-Lavigne... et une voix qui fait d’elle l’égale de Maria del Mar Bonnet, pour ne citer qu’une des voix exemplaires de la Méditerranée.
Marc LEGRAS


................................................................................................................

TRAD MAGAZINE - n°52, mars-avril 1997


Des chants d’appels de berger de la plage 1 aux improvisations vocales de la dernière (16), le vibrato rapide de Marilis Orionaa, comme un frisson, vous prend et ne vous lâche pas. Usant (1) d’effets de delay (décalages) et surtout jouant vocalement sur les placements, de gorge, de poitrine, de tête, Marilis parsème le disque de collectages familiers et inattendus : grelots, bruits de rue et scie musicale (Jacques Brel sur un thème pyrénéen… si !), conversations, contes, rapide diphonie, sons divers... L’accompagnement est un véritable partenaire, dominé par la guitare et les arrangements d’Olivier Kléber-Lavigne, une guitare très classique, mêlée de rythmes brésiliens et flamenco. Les percussions de Nicolas Martin-Sagarra, variées et présentes, font un fin réseau tramé de chocs et de frottements charnels. La contrebasse crée une ambiance qui rappelle indéniablement la tradition des compositeurs-interprètes de pays proches, Luis Cilia le Portugais et Lluis Llach le Catalan (très beau thème à l’archet du 3, presque un mini opéra chanté/parlé; 13; 15, véritable « cantate »...). La plupart des compositions se dérobent aux modèles, malgré de très belles ballades de style anglosaxon (4, Gabriel), voire celtique (8)... Mais on trouve des listes à la George Pérec (les maisons anciennes d’un village, 6), des chroniques-satires violentes contre la culture contemporaine (10), et un goût récurrent pour les thèmes récitatifs que la voix et les ornements viennent fleurir, dans une belle et âpre langue, occitan chaleureux des montagnes. Un disque unique et profond.
Claude RIBOUILLAULT


................................................................................................................

MARIE FRANCE - n°25, mars 1997


Le blues du Béarn
Avec un nom pareil, Marilis Orionaa est forcément exotique. Et pour cause : elle est née près de Pau et chante en béarnais. Sur quelques accords de guitare ou a cappella, sa voix voyage entre les graves et les aigus, puis résonne et vibre comme un cri. A vous faire frissonner. Les textes, traduits, parlent de fées et de sorcières, de jeunes femmes tenaillées par le désir et de disputes anciennes. Une superbe curiosité.


................................................................................................................

FOLKROOTS - march 1997


She’s from Béarn, in south-west France to the east of Les Landes and north of the Basque Lapurdi, and this is a splendidly bold and individualistic album.
It opens with a solo repeat-echoed vocal drawing on herders’ calls. Then it’s into a fast song, accompanied by Olivier Kléber-Lavigne’s flamenco-inflected guitar and Nicolas Martin-Sagarra’s tapping percussion, about the Spanish wind from the south and its alleged powerful effects on fecundity, and going on, in Balansun, to list the names of the old houses in her village. It’s all sung (and sometimes spoken-sung) in the language of Béarn, in a voice sometimes natural-speaking, sometimes dramatic, with occasional echoes of a Piaf vibrato, sometimes melismatic in a way that suggests the music of her childhood home in Greece.
Marilis Orionaa is that new kind of traditionnal singer - she is her own tradition, not slavishly fixing on an accident of birth but drawing on and celebrating what formed her and what’s around her.
And some of those influences and surroundings find their way in a raw state onto the album - not sampled and blended, just - there. Someone called Georges recounts an argument between her grandparents about a mushroom omelette, a young girl’s voice (or is it Marilis’ ?) tells a fragment of Pyrenean mythology, there’s a burst of Kléber-Lavigne (the organiser of the album’s remarkable arrangements of guitar, percussion and Martine Urbain’s double bass, as stark yet rich and commanding as the vocals) throat-singing at a gig in Belgium, and - can it be ? - Jacques Brel plays a traffic-accompanied solo in Béarn’s main city, Pau, on musical saw.
It’s wonderfully liberated and liberating, a great way to make an album - at least it is if you’re as clearly talented and full of strength and life as Orionaa.
Andrew CRONSHAW


................................................................................................................

LES INROCKUPTIBLES - n°90, du 5 au 11 février 1997


Occitanie
Entre les Landes hispanisantes et le pays basque insurrectionnel, il y a ce Béarn abrupt aux touristes et chaleureux aux sincères. Et entre Pau, où les petits vieux viennent réchauffer leurs os fatigués, et Orthez la basketteuse, il y a Marilis Orionaa, ex-professeur de lettres, artiste intransigeante et amoureuse de son pays. Quelques lignes suffisent à enfermer quiconque dans le quiproquo, à renvoyer en un bâillement vers ces années 70 où particularisme local et militantisme tenaient parfois lieu de sens artistique. Alors, élargissons le champ : si Marilis Orionaa est béarnaise par hasard génétique, puis passion, elle sait évoquer avec la même ferveur que Cesaria Evora sa pincée de tuiles, avec la même profondeur qu’Amalia Rodriguez sa montagne qu’on mutile... et avec la même efficacité que les ténors sardes les imprécations de sommet à sommet. Soutenue sans afféteries par guitare et contrebasse emperlées - et une moisson de percussions frémissantes-, la voix devient sorcière, vache aux cornes de lyre ou moissonneur à la faucille d’argent. On ne se contente pas ici de parler d’un pays : on en offre les multiples aspects, du talking-blues à la comptine enfantine, tous climats enroulés autour d’une étrange voix de gorge nouée.
Christian LARRÈDE


................................................................................................................

LE MONDE DE LA MUSIQUE - n°207, février 1997


Dernier maillon d’une lignée de poètes et conteurs, cette « bergère des nuages » (titre d’un de ses précédents récitals) chante avec une voix stellaire, et sa langue béarnaise (une branche du dialecte gascon, lui-même variante de la langue d’oc) esquisse des paysages fiers. Sauvage, loin de tout folklore, la belle de Balansun se reçoit comme la mémoire d’une terre de rude écorce captée au plus près de ses hommes et femmes. Entre cri et mélopée, sa voix aux étranges arabesques parle de halo de lune, de couleuvres qui sucent le lait des vaches, de vent dans les tuiles, c’est à dire d’une façon de se hâter lentement vers l’essentiel.Une élégance hiératique, une incantation qui renvoient à un patrimoine certes menacé (Ethnocide) mais aussi, elle le prouve, en plein aggiornamento identitaire.
Frank TENAILLE


................................................................................................................

LIBÉRATION - 24 novembre 1996


Marilis Orionaa a été élevée en partie à l’étranger dans une famille soucieuse de préserver sa culture et sa langue : l’occitan béarnais. Remarquée ici même avec un CD qui tenait plus du document de travail (commercialisé sans son aval, de surcroît), elle revient avec un premier véritable album qui inaugure une nouvelle collection chez Trema. Rompue aux techniques montagnardes, la sûreté de la voix frappe d’emblée avec Ça-i !, qui évoque l’art qu’ont les vachères de projeter la voix pour communiquer d’un versant à l’autre d’une vallée, et un vibrato particulier qu’on peut retrouver dans la musique iranienne, par exemple. La voix est belle, proche de la country, loin des embouteillages. Intuitivement, on ressent l’intelligence et la volonté pugnace de transmettre une culture.
Marilis Orionaa n’en reste pas moins une femme moderne, et le Béarn un carrefour : un peu de basque, d’espagnol, des bons baisers de partout. Elle écrit ses chansons, ici en énumérant le nom intime donné à chaque maison d’un petit village (Balansun), là en parlant de Metempsicòsa. Elle sait aussi bien chanter le vent du sud, « vaurien bandit » (Vent balaguèr), que la magie de la lune. Pudique, c’est au poète Cyprien d’Espourrins qu’elle emprunte son chant d’amour La BugadaLa Lessive étendue a cappella et l’album se clôt sur un chant traditionnel Los Segadors — Les Laboureurs. Jamais les arrangements ne cherchent à imiter un son ancien : guitare, contrebasse, toutes sortes de percussions... Ce chant qui ne mâche pas ses mots, bondissant et frondeur comme un torrent, désaltère, rafraîchit.
Hélène HAZÉRA

................................................................................................................

 


Balansun

Revolum Compagnie / Musidisc 199 242

 

LIBÉRATION - jeudi 11 mars 1993


« Mes qui a copat lo bòsc de Balansun/ On i avè nau cents sendèrs senderons e un ? » (Mais qui a coupé le bois de Balansun/ Où il y avait neuf cent un chemins et sentiers?). Voix, clarinette, luth, et cette langue sœur d’oc. Joli bouquet, d’un exquis raffinement. Avec ses petits arrachements de larynx repris des traditionnels, Marilis Orionaa fait tout sauf du folklore rural : il y a la nature dans sa voix, mais aussi les châteaux qui y ont été bâtis, châteaux de poésie signés Jan Loís Baradat, Roger Lapassada, ou Orionaa, Pastora deus crumsBergère des nuages. Sans oublier Los Sent Jacqués, histoire des pèlerins de Saint-Jacques qui, en plein naufrage, tirent celui qui doit se confesser, désignent un « enfanton d’Egipte », qui, après avoir avoué matricide et parricide, est lié dans un sac et jeté « au gran baniu ». Moralité ? « Tres dias esté a Sent Jaques,/Permèr los auts romius ».
Hélène HAZÉRA